Récit · 4 sur 5 · Les Cheyennes et les guerres des Grandes Plaines
Les Dog Soldiers cheyennes, l’élite qui a fait trembler les États-Unis
Société guerrière devenue bande autonome, les Dog Soldiers ont mené la résistance armée des Cheyennes contre la colonisation des Plaines entre 1840 et 1869. Leur histoire passe par les ruées vers l’or, Sand Creek, Platte Bridge et Beecher Island, jusqu’à leur destruction à Summit Springs.
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Les Dog Soldiers sont une société guerrière cheyenne devenue une bande autonome, la plus déterminée dans la résistance armée aux États-Unis. Entre la ruée vers l’or des années 1850 et 1869, ils mènent raids et batailles au Kansas, au Colorado et au Nebraska, de Platte Bridge (1865) à Beecher Island (1868). Le 11 juillet 1869, leur camp est détruit à Summit Springs et leur chef Tall Bull est tué : c’est la fin des Dog Soldiers.
Qui étaient les Dog Soldiers ?
Les Dog Soldiers font partie des quatre sociétés guerrières que la tradition attribue au prophète Sweet Medicine. Ce sont les guerriers les plus jeunes, les plus braves et les plus résolus. Mourir bravement doit leur assurer leur place auprès des ancêtres.
Leur symbole est la sangle de chien, la dog rope : une longue bande de cuir décorée, fixée à la ceinture. Au combat, ils la plantent dans le sol avec un pieu. Tant qu’elle est attachée à la terre, le guerrier ne recule pas, même s’il doit mourir. Seul un autre Dog Soldier peut la détacher.
Ils combattent presque en militaires : escarmouches, usage du terrain, coordination des forces. Peints de rouge et de noir, coiffés de plumes, ils chantent et crient pour terrifier l’ennemi. Sous Tall Bull, la société devient une bande à part dès 1837, sans tolérance ni concession envers les Blancs. Elle s’oppose aussi aux chefs de paix comme Black Kettle.
Fort Bent et les Cheyennes du Sud (1840-1850)
En 1840, la seule construction blanche des Plaines du Sud est Fort Bent, un comptoir en adobe sur la rive nord de l’Arkansas. Les Cheyennes du Sud y sont menés par Yellow Wolf, le plus respecté des chefs de bande, qui lie le sort de son peuple à celui du marchand William Bent.
Bent épouse Owl Woman, fille de White Thunder, le gardien des flèches sacrées. De leur union naît George Bent, qui racontera l’histoire de son peuple. C’est à cette époque que Stone Forehead devient gardien des flèches, pour 27 ans.
En 1849, le choléra, propagé le long de la piste de Santa Fe, tue la moitié des Cheyennes du Sud. En 1850, variole et grippe poursuivent l’hécatombe. Les bisons reculent aussi : vers 1850, avant même les grandes tueries, les troupeaux auraient déjà perdu 25 % de leurs effectifs.
La ruée vers l’or et la piste de l’Oregon
Entre 1848 et 1855, les ruées vers l’or de Californie puis du Colorado jettent sur les routes environ 300 000 personnes. Au nord, la piste de l’Oregon éventre le territoire des Cheyennes du Nord : bois coupé, sources polluées, gibier en fuite, épidémies de choléra, de grippe et de dysenterie.
Il n’y a pas de position commune chez les Cheyennes. Certaines bandes commercent avec les convois, d’autres les attaquent avec les Sioux. Des milices massacrent en représailles des villages qui n’avaient rien fait. Au nord, deux figures s’opposent : Tall Bull et ses Dog Soldiers, très mobiles, et Dull Knife, chef plus pragmatique qui cherche à éviter les combats inutiles.
Le traité de Fort Laramie (1851) et la seconde ruée vers l’or
En 1849, l’armée fonde Fort Kearny puis Fort Laramie pour protéger la piste. En 1851, le traité de Fort Laramie est signé avec les Cheyennes du Nord et du Sud, les Sioux, les Arapahos, les Crows, les Shoshones, les Assiniboines, les Mandans, les Hidatsas et les Arikaras.
Les États-Unis obtiennent le libre passage sur les pistes et les futurs tracés du chemin de fer. Les nations reçoivent non la propriété de leurs terres, mais un simple droit d’occupation, ainsi que 50 000 dollars par an pendant 50 ans, réduits ensuite à 10 ans par le Congrès. Les colons violent vite le traité. Les Dog Soldiers, qui ne l’ont pas signé, n’ont jamais cessé leurs attaques et coupent régulièrement le télégraphe.
Puis l’or est découvert à Pikes Peak, en plein territoire cheyenne. En 1860, le Colorado compte de 34 000 à 40 000 Blancs, contre 1 500 à 2 500 Cheyennes. Fort Bent, vendu à l’armée, devient Fort Wise. Le traité de Fort Wise (1861), signé par six chefs cheyennes et quatre chefs arapahos, cède 92 % de leur territoire. Les autres Cheyennes refusent et deviennent des « hostiles ».
De Sand Creek à la Powder River (1864-1865)
Le gouverneur du Colorado, John Evans, veut éteindre les droits autochtones sur les terres, attirer le chemin de fer et sécuriser les mines. Il obtient un régiment de volontaires pour cent jours, confié au colonel John Chivington. Le 29 novembre 1864, celui-ci attaque le camp pacifique de Black Kettle sur la Sand Creek. Le massacre est raconté dans le récit Le massacre de Sand Creek.
Sand Creek ruine l’autorité des chefs de paix et donne raison aux Dog Soldiers. Roman Nose, à la tête des Dog Soldiers du Sud, part rejoindre ceux du Nord. Durant l’hiver, les survivants gagnent la Powder River, chez les Cheyennes du Nord et les Lakotas. Près de 3 000 guerriers cheyennes, lakotas et arapahos s’unissent.
D’août 1864 à octobre 1865, la coalition frappe la piste sur 650 km : relais de poste détruits, ranches et fermes brûlés, télégraphe abattu, convois attaqués. La route reste fermée deux mois.
La bataille de Platte Bridge Station (26 juillet 1865)
La coalition vise le pont de Platte Bridge Station, sur la North Platte, point vital du transit vers l’ouest. Entre 1 000 et 2 000 guerriers sont menés par Red Cloud pour les Lakotas, Dull Knife et Roman Nose pour les Cheyennes, avec des Arapahos. En face, environ 150 hommes.
Le 26 juillet 1865, le convoi du sergent Custard et de 23 hommes approche du poste. Il est attaqué. Le lieutenant Caspar Collins sort avec un détachement de secours, qui tombe dans une embuscade le long de la rivière. Collins est tué. Ce jour-là, 29 soldats meurent et 10 sont blessés. La coalition se retire sans brûler le pont.
Washington signe alors un nouveau traité avec les Cheyennes et les Arapahos, promettant des compensations pour Sand Creek et des droits de chasse au nord de l’Arkansas. Il ne sera pas respecté.
Beecher Island (septembre 1868)
En 1868, la guerre de Sécession est finie et l’armée peut se tourner vers les Plaines. Le général Philip Sheridan veut nettoyer le Kansas et le Nebraska des Dog Soldiers. Il crée une unité de 50 éclaireurs civils, armés de carabines Spencer à sept coups, sous les ordres du major George Forsyth.
Le 17 septembre 1868, sur l’Arikaree, ces éclaireurs sont encerclés par environ 600 guerriers menés par Tall Bull, Roman Nose et le chef sioux Pawnee Killer. Retranchés sur une île de sable derrière leurs chevaux morts, ils brisent charge après charge. Roman Nose, privé de sa protection sacrée, mène l’assaut et tombe. Le siège dure six jours, jusqu’à l’arrivée des renforts. Son histoire est racontée dans le récit Roman Nose, le prix de l’invincibilité.
Pour les Cheyennes, le choc est immense : 600 guerriers ne viennent pas à bout de 51 hommes. Les armes à répétition viennent de changer la guerre des Plaines.
La Washita et la prophétie de Stone Forehead
Black Kettle, survivant de Sand Creek, a signé le traité de Medicine Lodge en 1867, qui impose aux Cheyennes du Sud un déplacement en Territoire indien. Pour l’hiver 1868, il installe son camp au bord de la Washita, en Territoire indien.
Le 27 novembre 1868, le lieutenant-colonel George Armstrong Custer et le 7e de cavalerie, guidés par des éclaireurs osages, attaquent le camp à l’aube par quatre côtés. Black Kettle et sa femme sont abattus en traversant la rivière. Custer fait tuer 800 chevaux et brûler la viande séchée et les couvertures, condamnant les survivants à l’hiver.
Le 15 mars 1869, Custer négocie dans le tipi de Stone Forehead la libération de deux captives blanches. Selon le récit cheyenne, après la pipe, le gardien des flèches vide les cendres sur les bottes de Custer et l’avertit : s’il trahit les Cheyennes, lui et ses soldats seront tués. Custer jure de ne plus jamais tuer de Cheyennes.
Summit Springs (11 juillet 1869) : la fin des Dog Soldiers
Traqués, Tall Bull et les Dog Soldiers survivants veulent rejoindre Dull Knife et Little Wolf au nord. Le 11 juillet 1869, le général Eugene Carr et le 5e de cavalerie, guidés par les éclaireurs pawnees du major Frank North, surprennent leur camp à Summit Springs, au Colorado. Buffalo Bill Cody est de l’expédition.
Le camp compte 84 tipis, environ 450 personnes. Trois colonnes chargent en plein après-midi. Tall Bull se replie dans un ravin avec sa famille et quelques guerriers ; selon le récit de Frank North, c’est lui qui l’abat, une version que d’autres témoins contestent. Un guerrier plante sa dog rope au milieu du ravin et se bat jusqu’à la mort pour couvrir la fuite des femmes et des enfants.
Une cinquantaine de Cheyennes sont tués et 17 femmes et enfants capturés. Les 84 tipis, les vivres et 300 à 400 chevaux et mulets sont perdus. Les Dog Soldiers disparaissent comme bande autonome. Au nord, la résistance continue avec Two Moons, Little Wolf et Dull Knife, aux côtés de Crazy Horse, Red Cloud, Gall et Sitting Bull, jusqu’à Little Bighorn.
Pour aller plus loin
Les origines des sociétés guerrières sont racontées dans Cheyennes contre Crows, et celles des éclaireurs pawnees dans Pourquoi les Pawnees ont choisi les États-Unis.
Pour la vue d’ensemble, revenez au dossier Les Cheyennes et les guerres des Grandes Plaines. Et pour une autre résistance face à l’armée américaine, lisez Les Séminoles, le peuple qui ne s’est jamais rendu.
Par Kan McTavish · mis à jour le 17 octobre 2026 · d’après la vidéo et les sources du dossier.
Questions fréquentes
Qui étaient les Dog Soldiers ?
Une des quatre sociétés guerrières originelles des Cheyennes, qui a commencé à vivre en bande à part dans les années 1830. Après le massacre de Sand Creek en 1864, elle devient le cœur de la résistance armée au Kansas et au Colorado.
Qu’est-ce que la dog rope des Dog Soldiers ?
Une longue bande de cuir décorée, fixée à la ceinture. Au combat, le guerrier la plantait dans le sol avec un pieu et ne bougeait plus, même au prix de sa vie ; seul un autre Dog Soldier pouvait la détacher.
Qui commandait les Dog Soldiers ?
Tall Bull dirigeait la bande. Roman Nose, qui menait les Dog Soldiers du Sud, en était le chef de guerre le plus célèbre jusqu’à sa mort à Beecher Island en 1868. Tall Bull est tué à Summit Springs le 11 juillet 1869.
Comment les Dog Soldiers ont-ils disparu ?
Le 11 juillet 1869, le 5e régiment de cavalerie du général Eugene Carr, guidé par des éclaireurs pawnees, surprend leur camp à Summit Springs, au Colorado. Une cinquantaine de Cheyennes sont tués et le camp est brûlé : les Dog Soldiers cessent d’exister comme bande autonome.