Clans et Tribus

Récit · 3 sur 5 · Les Cheyennes et les guerres des Grandes Plaines

Pourquoi les Pawnees ont choisi les États-Unis

Dans les films, les Pawnees sont les traîtres qui servent l’armée américaine contre les Sioux. La réalité est autre : harcelés pendant des décennies par les Lakotas, les Cheyennes, les Arapahos et les Osages, ils ont vu dans l’alliance avec les États-Unis un moyen de survivre.

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Les Pawnees, un peuple semi-sédentaire du Nebraska, se sont alliés aux États-Unis à partir des années 1830 parce qu’ils étaient harcelés depuis des décennies par les Lakotas, les Cheyennes, les Arapahos, les Osages et les Kiowas. Isolés de leurs anciens alliés mandans et arikaras, ils ont vu dans l’armée américaine un moyen de survivre et de frapper leurs ennemis héréditaires. Leur réputation de traîtres oublie ce contexte de guerre de survie.

Les Plaines au XVIIIe siècle : six peuples voisins

Les Grandes Plaines n’ont pas toujours appartenu aux Lakotas. Au XVIIIe siècle, on y trouve une grande diversité de peuples, des réseaux d’échange pacifiques et des puissances sédentaires comme les Mandans et les Arikaras.

Autour des Cheyennes vivent six peuples. Les Cheyennes, les Arapahos et les Sioux, surtout Lakotas et Dakotas, forment une alliance de nomades cavaliers aux cultures très proches. Les Osages sont semi-nomades, puissants et expansionnistes. Les Kiowas sont entièrement nomades. Les Pawnees, enfin, vivent dans des villages de maisons en terre, cultivent la terre et partent chasser le bison deux fois par an.

Deux ressources font la puissance d’un peuple : la nourriture et le cheval, puis l’arme à feu. Dès que les intérêts se croisent, le conflit éclate.

Bisons, territoires et chasseurs pawnees

Les Sioux sont très territoriaux. Ils ne possèdent pas la terre au sens européen, mais s’en considèrent les gardiens exclusifs. Quand les Pawnees viennent chasser le bison deux fois par an, ils entrent sur des terres que les Sioux viennent de revendiquer.

Les bisons suivent de grands axes de migration qui ignorent les frontières. Le territoire pawnee n’en compte presque pas, alors que ceux des Sioux et des Cheyennes en comptent trois ou quatre. Les chasseurs pawnees parcourent parfois jusqu’à 100 km par jour pour trouver les troupeaux, et finissent en territoire ennemi.

Deux façons de faire la guerre

Les Cheyennes, comme les Lakotas, pratiquent une guerre d’honneur. Le plus grand exploit est de toucher l’ennemi avec un bâton, ce qu’on appelle compter un coup. Tuer avec une arme à feu vaut beaucoup moins.

Les Pawnees, eux, mènent une guerre de survie. L’arrivée des Sioux les a coupés de leurs alliés mandans et arikaras et repoussés vers le sud. Face à un ennemi, ils cherchent à tuer et à scalper pour affaiblir l’adversaire.

Le choc est tragique. Un guerrier cheyenne charge en criant, bâton levé, pour compter un coup. En face, un Pawnee attend la bonne distance et tire une flèche. Ces morts nourrissent la haine des Cheyennes, des Sioux et des Arapahos, et les raids deviennent permanents.

Les Pawnees, cible de tous leurs voisins

Les Osages, protégés par leurs fusils obtenus des Français et installés plus au sud, sont trop forts pour être attaqués. Les villages pawnees, eux, se trouvent sur la trajectoire des Sioux et sont faciles à atteindre. Vols de chevaux, captures de femmes et d’enfants, pillage des réserves : le cycle dure des années.

Les Kiowas viennent aussi voler des chevaux pawnees pour leur guerre contre les Apaches et les Comanches. Les Osages, enfin, cherchent à contrôler les routes commerciales régionales et ramènent captifs, scalps et chevaux.

Les Pawnees s’allient aux Omahas, aux Poncas et aux Otoes, mais ces alliés, plus faibles, ne pèsent guère. Ils apprennent alors à fortifier leurs villages avec des remparts et des fossés.

Combien étaient les Pawnees ?

À leur apogée, les Pawnees auraient été 60 000. La Nation pawnee avance le chiffre de 300 000 avant la colonisation, probablement surévalué. Au XVIIIe siècle, après les épidémies, ils sont environ 10 000, autant que les Osages : une puissance encore considérable.

La course aux fusils

Les Osages ont des fusils depuis environ 1670. Les Pawnees en obtiennent vers 1730. Dans les Plaines, des chasseurs cheyennes sont alors abattus alors qu’ils chargent encore bâton levé, et des bandes entières ne reviennent pas.

Les Pawnees gardent l’avantage pendant vingt ans. Les Sioux acquièrent des fusils vers 1750, les Cheyennes et les Arapahos vers 1780. Jusqu’en 1860, pourtant, Cheyennes et Sioux préfèrent l’arc pour chasser, plus rapide. Les fusils de traite, de piètre qualité, sont réservés à la guerre.

Lewis et Clark, Fort Bent et la famille Bent

En 1804, l’expédition de Lewis et Clark rencontre les Cheyennes au Dakota du Nord. La rencontre se passe bien : Clark leur fait remettre un drapeau et du tabac. Mais cette expédition cartographie les futurs États-Unis et prépare leur expansion.

Entre 1820 et 1840, des trappeurs affluent et achètent les peaux de bison contre des perles, des fusils et des couvertures. Vers 1833, William et Charles Bent construisent Fort Bent. Ce comptoir, qui n’a rien d’un fort militaire, fonctionne seize ans et reste la seule installation blanche permanente sur la piste de Santa Fe. George Bent, fils métis de William et d’une Cheyenne, racontera plus tard l’histoire de son peuple dans un livre, Mon peuple les Cheyennes.

1830 : les flèches sacrées perdues chez les Skidis

En 1830, au Nebraska, les Cheyennes tiennent le plus grand rassemblement de leur histoire. Toutes les bandes et toutes les sociétés sont là. Le conseil des 44 prépare une attaque contre les Skidis, l’une des quatre bandes pawnees. Les quatre flèches sacrées et la coiffe de bison sont sorties pour orienter les flèches vers l’ennemi et l’aveugler.

Mais des guerriers partent avant la fin de la cérémonie. White Thunder, le gardien des flèches, les confie à un guerrier, Bull, qui les fixe à sa lance pour rejoindre l’attaque. La vidéo précise qu’on sait très peu de chose sur le déroulement de cette bataille.

Les Skidis, retranchés derrière leurs murs et leurs fossés, se défendent. Selon la tradition pawnee, le prophète Pahukatawa leur vient en aide. Bull voit un Pawnee à terre, blessé ou malade, et veut compter un coup. Sous la pluie, son arme glisse de sa main. Le Pawnee s’empare des flèches et disparaît.

Pour les Cheyennes, c’est une catastrophe. Les flèches sacrées incarnent l’identité de la nation. Le moral s’effondre et la retraite est sonnée, sans vainqueur.

Deux flèches retrouvées

En 1835, White Thunder se rend en personne dans un village pawnee pour faire la paix. On lui permet de choisir une flèche : il prend la flèche du bison, symbole de l’abondance. Deux ans plus tard, des Sioux brulés récupèrent dans un village pawnee une flèche de l’homme, liée au succès à la guerre, et la rendent. Les deux autres ne reviendront jamais.

Kiowas, Comanches et la bataille de Wolf Creek (1838)

En 1790, les Kiowas concluent une alliance durable avec les Comanches. Libérés au sud, ils se tournent vers les Osages et les Pawnees. Les Cheyennes et les Arapahos, qui glissent vers le sud, lancent des raids sur les immenses troupeaux de chevaux comanches.

À la mi-juin 1838, dans le nord-ouest de l’actuel Oklahoma, éclate l’une des plus grandes batailles entre peuples des Plaines, à Wolf Creek. Des guerriers bowstrings ont été massacrés lors d’un raid sur la Washita, et leurs familles demandent vengeance. Cheyennes et Arapahos lancent des attaques coordonnées contre plusieurs camps kiowas et comanches. Il y a de nombreux morts, mais pas de vainqueur net. Trois jours plus tard, des dragons américains qui escortent des chefs osages traversent le champ de bataille.

La paix de 1840 et l’alliance pawnee avec les États-Unis

Vers 1830, les États-Unis proposent des traités et du commerce aux Pawnees, aux Osages et aux Crows. Ces relations deviennent peu à peu des alliances militaires, à mesure que la frontière avance vers l’ouest. Pour ces peuples, c’est l’occasion de renverser leurs ennemis héréditaires, les Cheyennes et les Arapahos.

Au même moment, une partie des Cheyennes descend vers le sud avec les Arapahos, autour des comptoirs du Kansas et du Colorado, tandis que les autres restent au Wyoming et au Montana avec les Lakotas. En 1840, à Fort Bent, Cheyennes, Arapahos, Sioux, Kiowas, Comanches et Apaches des Plaines scellent une alliance face aux Euro-Américains. Elle tiendra jusqu’à la fin des guerres des Plaines.

Dans les rapports entre tribus, il n’y a ni gentils ni méchants, seulement des intérêts divergents. La coopération pawnee contre les Sioux, souvent présentée comme une trahison, est l’acte de survie d’un peuple épuisé par des décennies de raids. Des éclaireurs pawnees guideront d’ailleurs l’armée contre les Dog Soldiers à Summit Springs en 1869.

Pour aller plus loin

La guerre précédente des Cheyennes, contre les Crows, est racontée dans Cheyennes contre Crows. La suite, quand l’alliance des Plaines affronte l’armée américaine, se lit dans Les Dog Soldiers cheyennes.

Le scalp, au cœur de la guerre pawnee, a son propre dossier : Le scalp, histoire d’un trophée de guerre. Et le système d’honneur des coups comptés se lit dans Les plumes et la coiffe de guerre.

Par Kan McTavish · mis à jour le 17 octobre 2026 · d’après la vidéo et les sources du dossier.

Questions fréquentes

Pourquoi les Pawnees ont-ils aidé l’armée américaine ?

Semi-sédentaires et isolés de leurs alliés mandans et arikaras, ils subissaient depuis des décennies les raids des Lakotas, des Cheyennes, des Arapahos, des Osages et des Kiowas. L’alliance avec les États-Unis, nouée à partir des années 1830, leur offrait un moyen de survivre et de renverser leurs ennemis héréditaires.

Combien étaient les Pawnees ?

Au XVIIIe siècle, après les épidémies, ils étaient environ 10 000, autant que les Osages. À leur apogée, ils auraient été 60 000 ; la Nation pawnee avance le chiffre de 300 000 avant la colonisation, sans doute surévalué.

Comment les Cheyennes ont-ils perdu leurs flèches sacrées ?

En 1830, lors d’une attaque contre un village pawnee skidi, le guerrier qui portait les quatre flèches sacrées les a laissées échapper. Les Pawnees s’en sont emparés. Deux flèches ont été récupérées en 1835 et vers 1837, les deux autres ne sont jamais revenues.

Qu’est-ce que la bataille de Wolf Creek ?

À la mi-juin 1838, dans le nord-ouest de l’actuel Oklahoma, Cheyennes et Arapahos attaquent plusieurs camps kiowas et comanches pour venger des guerriers bowstrings tués. Le combat ne fait pas de vainqueur net et ouvre la voie à la paix de 1840.

Astuce : essaie « têtes réduites », « Écosse » ou « Sand Creek ».