Clans et Tribus

Récit · 2 sur 5 · Les Cheyennes et les guerres des Grandes Plaines

Cheyennes contre Crows : les guerres des Plaines avant les Blancs

Bien avant l’arrivée des Américains, les Grandes Plaines étaient un monde de migrations, d’alliances et de guerres. Les Cheyennes y ont adopté le bison et le cheval, affronté les Crows et les Assiniboines, et bâti des sociétés guerrières, des Dog Soldiers aux étonnants Contraires.

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Les Cheyennes et les Crows se sont affrontés pendant le XVIIIe et le début du XIXe siècle, au fil de la migration cheyenne vers les Black Hills et les Grandes Plaines. Après le massacre de 30 guerriers cheyennes par les Crows vers 1819, une expédition de vengeance menée avec les Sioux détruit un camp crow et capture une centaine de femmes et d’enfants : selon la mémoire cheyenne, ce fut le dernier grand affrontement entre les deux peuples. Ces guerres se déroulent avant même l’arrivée des Américains dans les Plaines.

Une longue migration vers les Black Hills (1680-1775)

Entre 1680 et 1720, les Cheyennes quittent par petits groupes la région des Grands Lacs, poussés par les Iroquois, les Dakotas et les guerres du castor. Ils ne seront jamais tous au même endroit : ils s’étirent pendant des décennies le long d’un couloir migratoire.

Les Sutaio, une petite tribu mêlée aux Cheyennes, les accompagnent. L’un d’eux, Standing on the Ground, leur offre la coiffe de bison. Elle complète les quatre flèches sacrées rapportées par le prophète Sweet Medicine. Une cérémonie de renouvellement entretient ces objets et active leurs pouvoirs.

Les dates restent approximatives, croisant archéologie et tradition orale. Avant 1675, les Cheyennes vivent au Wisconsin et au Minnesota. Vers 1775, ils sont dans les Black Hills et le long de la rivière Cheyenne, dans le nord du Nebraska et l’est du Wyoming. Vers 1830-1840, la nation se divise entre Cheyennes du Nord et du Sud.

Une migration n’est pas un déménagement. Les anciens qui ne suivent pas, les morts laissés derrière et la mémoire qui s’effrite obligent sans cesse à revenir en arrière et à reconstruire une identité dispersée sur la route. Pendant près d’un siècle, les Cheyennes migrent sans voir un seul Européen.

Nouveaux voisins : Arapahos, Kiowas, Comanches et Crows

Dans les Black Hills, les premiers Cheyennes rencontrent des nations déjà installées. Les Arapahos deviennent des frères. Les Crows, eux, vont devenir un problème. Il y a aussi les Kiowas, les Apaches des Plaines et des groupes comanches.

L’accueil des Kiowas et des Comanches est d’abord cordial. Leurs femmes enseignent aux Cheyennes à dépecer le bison, à travailler et assouplir les peaux. L’artisanat cheyenne, jusque-là approximatif, progresse vite.

La chasse au bison avec les chiens

En 1720, les Cheyennes n’ont pas encore de chevaux. Ils utilisent des dizaines de chiens, grands et forts comme des loups. En hiver, au Dakota du Sud, tout le village rabat un petit troupeau de bisons vers les plus hautes congères. Embourbés, les animaux sont abattus à l’arc.

La viande est emballée dans la peau, nouée en ballot et attachée au cou des chiens, qui la tirent jusqu’au village. Une chasse peut abattre un troupeau entier. La viande séchée se conserve et s’échange. Chasser l’été et l’hiver donne deux sortes de peaux, fines ou épaisses et laineuses.

La vieille femme et les Assiniboines

Plus au nord, d’autres groupes cheyennes vivent encore au Dakota du Nord. Ils sont harcelés par les Cris, les Assiniboines et les Ojibwés, qui ont obtenu des fusils auprès des Français et des Anglais de la Baie d’Hudson. Les Cheyennes n’ont que des pointes et des couteaux de pierre.

La tradition raconte l’histoire d’un village de huttes de terre, perché sur une butte au-dessus de la vallée de la rivière Cheyenne. Une nuit sans lune, tout le village est parti chasser. Seule reste une vieille femme aux genoux usés, avec son chien.

Le chien gronde. Torche en main, elle tombe nez à nez avec un guerrier assiniboine. Elle court vers la falaise, lance sa torche dans le vide et se jette sur le côté, sur l’étroit sentier qui descend vers un point d’eau. Les guerriers suivent la lumière et s’écrasent une centaine de mètres plus bas.

Au matin, les chasseurs trouvent une vingtaine d’Assiniboines morts et récupèrent leurs fusils, leurs couteaux et leurs tomahawks d’acier. Ce sont les premières armes à feu cheyennes. Le harcèlement continue pourtant, et ce village sera lui aussi abandonné.

Les foires des Mandans et des Arikaras

À partir de 1750, les Mandans et les Arikaras organisent chaque année sur le Missouri un grand marché entre tribus. Ce sont alors les peuples les plus puissants de la région : des agriculteurs sédentaires, dans des villages permanents de huttes de terre. Leur influence est commerciale, pas militaire.

Depuis les années 1730, les Mandans reçoivent les marchandises anglaises qui descendent de la Baie d’Hudson par les Assiniboines. Les Arikaras sont branchés sur le réseau français, plus au sud, par le Mississippi. Les Cheyennes y échangent viande séchée et vêtements de peau contre du maïs, des courges séchées, du tabac et des fusils à canon lisse.

Le cheval change les Plaines

Les chevaux des Plaines descendent des troupeaux espagnols libérés lors de la révolte des Pueblos de 1680. Les Shoshones, les Pawnees et les Comanches s’en emparent les premiers. Les Comanches, qui se détachent alors des Shoshones, deviennent des maîtres de la cavalerie et du commerce des chevaux.

Les Cheyennes intègrent le cheval vers 1750, selon l’archéologie, peut-être dès 1720 pour les groupes les plus avancés. Ils les obtiennent des Arapahos, des Kiowas et des Crows. Dès 1770, ils capturent des mustangs : encerclés, les chevaux sont pris au lasso au bout de longues perches, puis attachés à une vieille jument qui les calme.

Avant cela, ils lancent des raids à pied chez les Comanches, les Kiowas et les Crows. Repérés par des cavaliers, ces petits commandos sont souvent anéantis.

Le massacre des Bowstrings et la vengeance contre les Crows

Vers 1819, trente guerriers de la société des Bowstrings partent à pied voler des chevaux en territoire crow. Les Crows les repèrent. Les Cheyennes se retranchent au sommet d’une petite colline et barrent l’accès avec des pierres. Leurs flèches tiennent un temps les cavaliers à distance, puis s’épuisent. Les trente sont tués.

Les familles exigent vengeance. Une cérémonie oriente les flèches sacrées vers les Crows. L’année suivante, les Sioux se joignent à l’expédition. Les alliés établissent deux villages sur la Powder River.

Prévenus par leurs éclaireurs, les Crows partent de nuit à l’attaque, tandis que Cheyennes et Sioux font de même. Les deux armées s’égarent et se croisent plusieurs fois dans l’obscurité sans se voir. Au petit matin, Cheyennes et Sioux tombent sur le camp crow. Il est rasé, les hommes sont tués, une centaine de femmes et d’enfants sont capturés. Dans la mémoire cheyenne, c’est le dernier grand affrontement contre les Crows.

La variole de 1780 et la montée des Lakotas

De 1780 à 1782, une épidémie de variole partie du Mexique remonte les réseaux d’échange. Elle frappe les Comanches et les Shoshones, puis les Mandans, les Arikaras, les Hidatsas, les Assiniboines, les Cris, les Ojibwés et les Pieds-Noirs. Une sécheresse aggrave la famine.

La variole tue alors environ deux Européens sur dix, mais de quatre à neuf Autochtones sur dix selon les peuples. Les Arikaras perdent 70 à 80 % des leurs. Les Lakotas, nomades et dispersés en petits groupes, sont moins touchés et prennent le contrôle des routes commerciales. Les Shoshones, qui perdent la moitié des leurs, refluent vers les Rocheuses. À partir de 1800, l’alliance des Cheyennes, des Arapahos et des Lakotas domine les Plaines pendant un demi-siècle.

Les sociétés guerrières cheyennes

La nation est gouvernée par le conseil des 44, formé de chefs civils chargés des traités et des alliances. À côté, les sociétés guerrières, d’abord quatre selon la tradition de Sweet Medicine, puis davantage, assurent à tour de rôle la police du camp, la police de la chasse et le commandement des raids. Leurs membres se répartissent dans les dix bandes, et un chef élu au conseil quitte sa société.

  • Les Kit Fox, ou Renards, avec leurs branches des Coyotes et des Pierres à fusil, poussent aux raids pour les chevaux et les fourrures.
  • Les Wapitis portent une foule de noms et manient des objets en bois d’élan.
  • Les Boucliers rouges, avec la branche des guerriers Bisons, défendent les villages.
  • Les Bowstrings, les Cordes d’arc, deviennent au sud les guerriers Loups et au nord les Chiens fous.
  • Les Dog Soldiers attachent au sol leur sangle de chien et ne reculent plus. Leur histoire est racontée dans le récit Les Dog Soldiers cheyennes.

Les Contraires et les Clowns

Les Contraires, des hommes et parfois des femmes, vivent à rebours du monde. Ils marchent à reculons, disent non pour oui, grelottent en été. Au combat, ils chargent assis à l’envers sur leur cheval, rient quand ils sont blessés et tiennent leur tomahawk tête en bas. Pour les Cheyennes, ils incarnent l’équilibre entre l’ordre et le chaos.

Plus pacifique, la société des Clowns réunit des anciens et des anciennes qui enseignent les cérémonies et les interdits par la satire. Il n’existait pas, en revanche, de société guerrière de femmes, même si des femmes ont pris les armes pour défendre un camp.

Pour aller plus loin

La suite de ces rivalités, avec un autre ennemi des Cheyennes devenu allié des États-Unis, est racontée dans le récit Pourquoi les Pawnees ont choisi les États-Unis.

Les coups portés à l’ennemi se lisaient dans les plumes des guerriers : voyez Les plumes et la coiffe de guerre. Et pour tout le contexte de la série, revenez au dossier Les Cheyennes et les guerres des Grandes Plaines.

Par Kan McTavish · mis à jour le 17 octobre 2026 · d’après la vidéo et les sources du dossier.

Questions fréquentes

Pourquoi les Cheyennes et les Crows étaient-ils ennemis ?

En migrant vers les Black Hills, les Cheyennes sont entrés sur des terres disputées. Les raids pour voler des chevaux ont tourné à la guerre ouverte, en particulier après le massacre de 30 guerriers cheyennes par les Crows vers 1819.

Quand les Cheyennes ont-ils adopté le cheval ?

L’archéologie situe l’adoption du cheval vers 1750, mais certains groupes en avance dans la migration en possédaient sans doute dès 1720. Les chevaux venaient des Arapahos, des Kiowas et des Crows, et à partir de 1770 les Cheyennes capturaient aussi des mustangs sauvages.

Qu’étaient les sociétés guerrières cheyennes ?

Des confréries ouvertes à toute la nation, à côté du conseil des 44 chefs. Elles assuraient à tour de rôle la police du camp, la police de la chasse ou le commandement des raids. Les plus connues sont les Kit Fox, les Bowstrings, les Dog Soldiers et les Contraires.

Qui étaient les Contraires chez les Cheyennes ?

Des guerriers, parfois des femmes, qui vivaient à rebours : ils marchaient à reculons, disaient non pour oui et chargeaient à l’envers sur leur cheval. Leur conduite était sacrée et incarnait l’équilibre entre l’ordre et le chaos.

Astuce : essaie « têtes réduites », « Écosse » ou « Sand Creek ».