Récit · 1 sur 5 · Les Cheyennes et les guerres des Grandes Plaines
Le massacre de Sand Creek (1864)
Le 29 novembre 1864, les volontaires du colonel John Chivington attaquent à l’aube un camp cheyenne et arapaho qui se croyait protégé par l’armée. Le campement de Black Kettle est détruit, mais une poignée de défenseurs tient assez longtemps pour que des familles s’échappent : les Cheyennes survivent.
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Le massacre de Sand Creek est l’attaque, le 29 novembre 1864, d’un camp cheyenne et arapaho du Colorado par environ 700 volontaires commandés par le colonel John Chivington. Le camp du chef Black Kettle, qui se croyait sous la protection de l’armée, est détruit à l’aube : entre 150 et 200 personnes sont tuées, en majorité des femmes, des enfants et des anciens. Le massacre brise l’autorité des chefs de paix et lance les Cheyennes dans la guerre.
Le Colorado en 1864 : l’or contre les terres cheyennes
En 1864, les États-Unis sont en pleine guerre de Sécession. Loin des champs de bataille de l’Est, les Grandes Plaines vivent une autre invasion. Depuis 1858, l’or découvert dans les montagnes du Colorado attire des torrents de chercheurs.
Denver naît en plein territoire indien. En un seul printemps, jusqu’à 150 000 chercheurs d’or affluent, alors que les Cheyennes sont environ 4 000. Les nouveaux venus tuent les bisons ou les font fuir, coupent le bois rare et occupent les points d’eau.
En 1861, le traité de Fort Wise cède aux États-Unis les terrains de chasse cheyennes du Colorado. En échange, les signataires reçoivent une mauvaise terre dans l’est du territoire, entre l’Arkansas et la Sand Creek, à peine un treizième de leur ancien domaine. Seuls six chefs cheyennes, sur les 44 du conseil, et quatre chefs arapahos ont signé. Black Kettle est l’un d’eux.
Qui était Black Kettle ?
Black Kettle est l’un des chefs les plus respectés des Cheyennes du Sud. Il a compris que les Blancs sont trop nombreux et qu’il est inutile de les combattre. Il a choisi la paix et s’y tient.
Il a reçu un drapeau américain, avec une promesse : tant que ce drapeau flotterait sur son camp, ses gens n’auraient rien à craindre des soldats. À l’automne 1864, il mène une bande d’environ 800 personnes, avec les chefs White Antelope et Yellow Wolf, et quelque 75 Arapahos conduits par Left Hand.
Comme la plupart des Cheyennes, pacifiques ou non, sa bande dépend des livraisons d’armes, de munitions et de vivres du Bureau des affaires indiennes. C’est un moyen de contrôle. Les armes de la bande ont presque toutes été remises au gouvernement.
Le piège de Fort Lyon
Pendant l’été 1864, le gouverneur du territoire du Colorado, John Evans, publie une proclamation. Les bandes pacifiques doivent se rassembler près des forts de l’armée, notamment Fort Lyon, l’ancien Fort Wise, pour y être recensées et protégées. Dans le même temps, les patrouilles ont ordre de tirer sur tout Autochtone repéré hors des zones désignées.
Black Kettle obéit. Sa bande dresse ses tipis près du lit asséché de la Sand Creek, à 64 km de Fort Lyon. L’armée doit les y rencontrer le lendemain pour parlementer. Aucune sentinelle n’est postée. Les guerriers sont partis chasser le bison pour plusieurs jours. Devant le tipi du chef flotte le drapeau américain, avec un drapeau blanc.
John Chivington et le 3e régiment du Colorado
Evans agite la menace d’une guerre indienne générale. Il obtient de lever un régiment de volontaires engagés pour cent jours, le 3e régiment de cavalerie du Colorado. Son chef est le colonel John Chivington, ancien prêcheur méthodiste, auréolé de la campagne du Nouveau-Mexique de 1862.
Chivington ne cache pas sa haine des Autochtones. Il dit publiquement qu’il faut tuer les petits comme les grands, puisque les lentes deviennent des poux. Il connaît la volonté du gouvernement d’épargner les Indiens pacifiques, mais il veut leur infliger une leçon traumatisante.
Il part de Fort Lyon avec environ 700 cavaliers et quatre obusiers. Sa cible est toute trouvée : la bande la plus facile à atteindre, celle qui s’est installée là où on le lui a demandé.
L’attaque du 29 novembre 1864
Avant l’aube, deux femmes qui ramassent du bois entendent un grondement dans le noir. Un coup de feu claque. Elles courent donner l’alerte. Hommes, femmes et enfants sortent des tipis à moitié nus et fuient dans toutes les directions.
Black Kettle saisit le drapeau américain et l’agite. Il crie que son peuple est en paix, que la parole du gouvernement lui a été donnée. Les soldats entrent dans le camp et tuent tout ce qu’ils trouvent.
Une trentaine de femmes se réfugient dans un creux du terrain. Elles envoient une fillette de six ans avec un chiffon blanc au bout d’un bâton. Selon le récit de la vidéo, des cavaliers la piétinent avec leurs chevaux, puis vont tuer les femmes.
White Antelope, 75 ans, refuse de fuir. Debout devant son tipi, il entonne son chant de mort et tombe sous les balles. Black Kettle s’enfuit vers le nord avec sa femme. Elle est touchée et s’effondre. Il la croit morte et doit la laisser.
Les atrocités
Autour de lui, les soldats tuent sans distinction. Des enfants sont achevés, une femme enceinte est éventrée, des blessés sont mutilés et laissés agonisants. Des soldats coupent les doigts des femmes pour voler leurs bagues.
La défense désespérée de Yellow Wolf et Left Hand
Black Kettle rejoint Yellow Wolf, Left Hand et un groupe de jeunes gens et de vieillards. Ensemble, ils organisent une ligne de défense pour couvrir la fuite des femmes et des enfants vers le nord.
Une centaine de Cheyennes et d’Arapahos, armés surtout d’arcs, tiennent tête à 200 cavaliers et à quatre obusiers. L’armée n’avance plus. Le front tient toute la journée.
En fin d’après-midi, il ne reste qu’une trentaine de combattants autour de Black Kettle. Yellow Wolf, Left Hand et beaucoup d’autres sont tombés en protégeant la retraite. À la nuit, les soldats se retirent. Ce sacrifice explique le titre de la vidéo : Chivington voulait anéantir ces familles, il n’y est pas parvenu.
Le bilan de Sand Creek
De retour sur le campement dans l’obscurité, les survivants cherchent leurs proches. Pendant que la bataille se déroulait plus loin, les soldats ont mutilé les morts : hommes, femmes et enfants scalpés, corps dénudés et dépecés, organes exhibés comme des trophées.
Il n’y a presque pas de survivants dans le camp. Le récit de la vidéo compte 110 femmes et enfants tués aux côtés d’une cinquantaine d’hommes, jeunes et vieux. Les estimations courantes vont de 150 à 200 morts. Ce n’est pas une bataille : c’est un carnage.
Black Kettle retrouve sa femme. Elle a reçu neuf balles, mais elle est vivante.
Après le massacre : Silas Soule, Chivington et la guerre
Chivington est d’abord acclamé et se voit déjà général. Mais le capitaine Silas Soule, qui avait compris que la bande de Sand Creek n’était pas hostile et avait ordonné à ses hommes de ne pas tirer, rapporte les faits au gouvernement.
Chivington le traite de menteur, puis admet avoir perdu le contrôle de ses hommes, des volontaires souvent ivres et pour beaucoup repris de justice. Les pertes américaines de la journée viennent surtout de tirs amis. Silas Soule est assassiné peu après, et Chivington est soupçonné d’en être l’instigateur. Il quitte l’armée.
Pour les Cheyennes, la rupture est définitive. L’autorité des chefs de paix s’effondre. Durant l’hiver 1864-1865, les survivants rejoignent dans la neige les Cheyennes du Nord et les Lakotas de la Powder River. Les Dog Soldiers, absents de Sand Creek, y voient la preuve que la parole des Blancs mène à la mort. Leur guerre est racontée dans le récit Les Dog Soldiers cheyennes.
Qui sont les Cheyennes ? Les origines racontées dans l’épisode
La seconde partie de la vidéo remonte aux origines. Les Cheyennes se nomment Tsistsistas, « le peuple ». Le nom de Cheyenne vient du sioux et désignait des étrangers. La nation est née de la fusion des Tsistsistas et des Sutaio.
Avant 1600, ils vivent de pêche et de cueillette autour d’un grand lac, près de la région des Grands Lacs. Puis ils cultivent le maïs, la courge et le haricot au Minnesota, avant une lente migration vers les Plaines, puis les Black Hills, où ils découvrent le bison. Le prophète Sweet Medicine leur rapporte de la montagne sacrée de Bear Butte quatre flèches sacrées et les règles de leur gouvernement : 44 chefs issus de dix bandes. Cette histoire est développée dans le dossier Les Cheyennes et les guerres des Grandes Plaines.
Pour aller plus loin
La même année 1864, un autre peuple subissait la violence de l’armée américaine dans le Sud-Ouest : c’est la Longue Marche des Navajos vers Bosque Redondo.
Les mutilations infligées aux morts de Sand Creek renvoient à l’histoire d’une pratique de guerre partagée par les deux camps, racontée dans Le scalp, histoire d’un trophée de guerre. Et pour comprendre comment les colons se sont approprié les terres de l’Ouest, lisez La conquête de l’Amérique, le plus grand braquage de l’histoire.
Par Kan McTavish · mis à jour le 17 octobre 2026 · d’après la vidéo et les sources du dossier.
Questions fréquentes
Que s’est-il passé à Sand Creek le 29 novembre 1864 ?
À l’aube, environ 700 cavaliers volontaires du Colorado commandés par le colonel John Chivington ont attaqué le camp de Black Kettle, installé au bord de la Sand Creek sur les indications des autorités. La plupart des victimes étaient des femmes, des enfants et des anciens.
Combien de personnes sont mortes à Sand Creek ?
Le récit de la vidéo compte 110 femmes et enfants et une cinquantaine d’hommes jeunes ou âgés tués. Les estimations courantes vont de 150 à 200 morts.
Pourquoi Black Kettle se croyait-il en sécurité ?
Il avait signé le traité de Fort Wise en 1861, il avait reçu un drapeau américain comme gage de protection, et il avait obéi à l’ordre de camper près de Fort Lyon. L’armée devait même le rencontrer sur place pour parlementer.
Chivington a-t-il été puni ?
D’abord acclamé, il a fait l’objet d’enquêtes de l’armée et du Congrès après le témoignage du capitaine Silas Soule, qui avait refusé d’attaquer ; il n’a jamais été jugé. Soule a été assassiné peu après et Chivington a quitté l’armée, sans être condamné.