Clans et Tribus

Récit · Les Navajos, le peuple Diné

La Longue Marche des Navajos (1864-1868)

En 1864, l’armée américaine affame les Diné, puis les fait marcher jusqu’à 725 km vers Bosque Redondo, un camp prévu pour 5 000 personnes où plus de 8 000 Navajos sont internés. Quatre ans plus tard, un traité leur rend leur terre, un cas presque unique dans l’histoire de la conquête de l’Ouest.

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La Longue Marche est la déportation des Navajos (Diné) organisée par l’armée américaine en 1864. Après une campagne de terre brûlée menée par Kit Carson, entre 8 000 et 8 500 Diné partent à pied vers le camp de Bosque Redondo, au Nouveau-Mexique, jusqu’à 725 km de chez eux ; de 1864 à 1866, 53 marches forcées se succèdent. Le camp tourne au désastre et le traité du 1er juin 1868 permet aux survivants de rentrer dans le Dinétah.

Pourquoi l’armée américaine veut déporter les Navajos

Depuis 1848 et la fin de la guerre contre le Mexique, le Dinétah, le pays des Diné, appartient sur le papier aux États-Unis. Le traité de Bear Springs (1846) puis une nouvelle paix en 1855 ne tiennent pas : les colons affluent, et ni Washington ni les chefs navajos ne contrôlent leurs hommes.

L’hiver 1857-1858 est terrible. Faute de pâturages, les Navajos perdent une grande partie de leurs troupeaux et connaissent la famine. Ils demandent à Fort Defiance, un fort américain bâti en plein Dinétah, de ne plus faire paître le bétail de l’armée sur leurs meilleures terres.

Les Américains refusent et abattent 48 bêtes et des chevaux qui appartiennent au chef Manuelito. Des Navajos tuent ensuite le domestique de l’officier qui commande le fort.

L’attaque de Fort Defiance (1860)

En 1860, la guerre éclate. Manuelito et Barboncito rassemblent un millier de guerriers et marchent sur Fort Defiance, défendu par 150 soldats pris par surprise.

Les défenseurs abandonnent les palissades et se retranchent dans le bâtiment principal. Ils tiennent. Après dix heures de combat, les Navajos se replient avec sept morts et plusieurs dizaines de blessés.

Suit une guerre sans grande bataille. De petits groupes, soldats, Utes, milices néo-mexicaines et colons, attaquent les Diné partout, détruisent les réserves de nourriture, le bétail et les habitations. En 1862, la guerre de Sécession atteint le Nouveau-Mexique. L’armée a d’autres priorités, et Navajos et Apaches s’emparent cette année-là de 30 000 moutons.

Carleton, Kit Carson et le « temps de la peur »

Depuis l’Indian Removal Act de 1830, déplacer un peuple entier sous le contrôle de l’armée est devenu une politique ordinaire. Au Nouveau-Mexique, le général James Henry Carleton veut l’appliquer aux Navajos.

Il convoque 18 chefs et leur ordonne de se rendre à Fort Sumner avant le 20 juillet 1863. Pour l’exécution, il compte sur un ami qui l’admire : le colonel Christopher Houston Carson, dit Kit Carson.

Carson commence par les Apaches Mescaleros. En mars 1863, ils ne sont plus en état de combattre : 500 d’entre eux se rendent et parcourent 210 km à pied jusqu’à Fort Sumner.

Les ordres sont les mêmes : tuer à vue les hommes, capturer les femmes et les enfants, ne signer aucune paix tant que tous ne sont pas déportés. Sur le terrain, les hommes de Carson ne font guère de différence entre hommes, femmes et enfants. Ils humilient et tuent parfois des Diné qui se rendent, et Carson autorise des volontaires à garder des captifs en guise de paiement. Les Navajos appellent cette période le « temps de la peur » (Fearing Time).

La terre brûlée de Kit Carson

Carson accepte cette campagne à contrecœur. Il a la cinquantaine, il est usé, et il sait que les Navajos vivent dans une forteresse naturelle de mesas et de canyons. Pendant des mois, ses colonnes parcourent le désert sans trouver de groupe important à capturer, pendant que Manuelito et ses guerriers les suivent à la trace.

Carson veut suspendre la campagne jusqu’au printemps. Ses supérieurs refusent. Il change alors de méthode et fait savoir aux Navajos qu’il brûlera leurs champs et tuera leurs troupeaux, jusqu’à ce qu’il ne leur reste plus que le choix entre marcher et mourir.

Ses soldats traversent les campements vides et détruisent tout : réserves de nourriture, hogans, cultures, bêtes d’élevage tuées ou emmenées. La famine s’installe vite. Mais le gros des Diné reste libre.

Canyon de Chelly et Fortress Rock (janvier 1864)

Carson prend alors le chemin du canyon de Chelly, le dernier grand bastion navajo. Manuelito en est convaincu : l’armée ne le prendra jamais. Environ 300 personnes s’y sont réfugiées au sommet d’un promontoire, Fortress Rock, accessible seulement par des échelles et des ponts de cordes. L’eau y monte dans des jarres hissées à la corde.

Manuelito arrive avant les soldats, donne l’alerte, puis disparaît dans le canyon. Les 300 remontent les cordes et attendent, armes à la main. Quand l’armée arrive, il n’y a pas de sommation. On tire des deux côtés et une vingtaine de Diné sont tués. Mais le rocher est imprenable.

En janvier 1864, Carson fait traverser les 56 km du canyon pour prendre la position à revers. Au passage, ses soldats abattent des milliers de pêchers, autant de nourriture en moins pour l’avenir. Les réfugiés de Fortress Rock ne seront jamais délogés.

Le coup est pourtant décisif : les Diné comprennent que cette armée peut les atteindre n’importe où, jusqu’au cœur du Dinétah. Le moral est brisé.

La Longue Marche vers Bosque Redondo (1864-1866)

De janvier à mars 1864, affamés et transis par un hiver rude, la plupart des clans navajos viennent se rendre à Fort Canby, le nouveau nom de Fort Defiance. Entre 8 000 et 8 500 Diné prennent la route de Bosque Redondo. C’est la Longue Marche, la Long Walk.

Il n’y a pas une marche mais plusieurs. Entre 1864 et 1866, 53 convois forcés se succèdent, sur 450 à 725 km selon le point de départ, pendant 18 à 40 jours. Des enfants, des femmes et des vieillards meurent de froid, de faim ou d’épuisement.

Ceux qui ne peuvent plus suivre sont abattus plutôt qu’autorisés à se reposer. Une femme qui accouche en chemin est tuée. Un témoignage navajo recueilli en 1951 décrit des soldats qui tirent sans sommation sur ceux qui tentent de protéger leur famille.

Pour ceux qui encadrent les colonnes, l’Indien n’est plus un être humain mais un obstacle. Des soldats raconteront plus tard qu’ils n’avaient pas besoin d’indications pour trouver Bosque Redondo : il suffisait de suivre les cadavres.

Bosque Redondo, le « lieu de souffrance »

Bosque Redondo signifie « bosquet rond », à cause d’un petit bois de peupliers près du Pecos. Carleton a choisi ce site désolé parce qu’il est loin des colonies blanches et qu’il espère en faire un tampon contre les Kiowas et les Comanches. Les Diné l’appellent le lieu de souffrance.

Le camp est prévu pour 5 000 personnes. Entre 8 000 et 10 000 Amérindiens y sont internés. Habitués aux grands espaces et aux petits campements, les Navajos avaient été peu exposés aux épidémies. Ils meurent par centaines de dysenterie, de pneumonie, de variole et des maladies vénériennes transmises par les soldats.

Le bois manque. Les familles vivent dans des trous creusés à même le sol et couverts de branches, qui ne protègent ni du froid ni de la chaleur. Dans le même temps, l’armée les fait bâtir en adobe les bâtiments de la garnison.

Les rations sont mauvaises et très insuffisantes. Les Diné sèment du maïs, mais la terre est trop sèche, l’irrigation échoue en partie à cause du sel dans l’eau, et des vers gris dévorent les rares pousses. L’armée veut en plus profiter de l’isolement pour « civiliser » le peuple : valeurs chrétiennes, mode de vie de l’Amérique blanche pour les enfants. La cohabitation avec les Apaches Mescaleros tourne mal. Des groupes s’évadent, menés par Barboncito ou Ganado Blanco, et sont pourchassés sans relâche.

La reddition de Manuelito (1866)

Environ 4 000 Navajos ont échappé à la rafle. Manuelito est l’un d’eux. En 1866, malade et blessé après un accrochage, il est encerclé dans les canyons et se rend. De son groupe de 500 personnes, il en reste 50, dont sa femme et ses enfants.

Carleton le fait défiler dans les rues de Santa Fe pour l’exemple, avant de l’envoyer au camp. Manuelito y devient un chef écouté. Son fils dira plus tard qu’à Bosque Redondo, on mourait de la mauvaise nourriture, mais surtout du chagrin d’être loin de chez soi.

Le traité de 1868 et le retour au Dinétah

Peu après l’arrivée de Manuelito, Carleton est relevé de son commandement. C’est aussi l’époque du massacre de Sand Creek, commis en 1864 contre les Cheyennes et les Arapahos. Une commission d’enquête conclut que les Navajos ne vivent pas mieux à Bosque Redondo, contrairement à ce qu’affirmaient Carleton et Carson. Les autorités fédérales reconnaissent l’échec.

Barboncito et Manuelito négocient avec le général William Sherman et Samuel Tappan. Le traité est signé le 1er juin 1868. Il met fin à la guerre, autorise les États-Unis à installer des postes militaires et des voies ferrées sur la réserve et impose la scolarisation des enfants de 6 à 16 ans. Mais les Diné ne cèdent pas leur souveraineté.

Surtout, ils rentrent chez eux, un cas presque unique dans l’histoire de la colonisation des terres amérindiennes. Dix-sept jours après la signature, plus de 8 000 Navajos reprennent la route du Dinétah. En revoyant leurs montagnes sacrées, beaucoup pleurent de joie. Le chant Shí naashá, « je marche », commémore ce retour. En 1871, Barboncito meurt avec une copie du traité à ses côtés.

Pour aller plus loin

La Longue Marche n’est qu’un chapitre de l’histoire des Diné, racontée de leurs origines à aujourd’hui dans le dossier Les Navajos, le peuple Diné.

Les écoles imposées aux enfants après le retour relèvent de l’assimilation forcée des Autochtones. La vie dans les réserves d’aujourd’hui est racontée dans Quatre réserves indiennes : la réalité.

Par Kan McTavish · mis à jour le 17 octobre 2026 · d’après la vidéo et les sources du dossier.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la Longue Marche des Navajos ?

C’est la déportation à pied des Diné vers le camp de Bosque Redondo, au Nouveau-Mexique, à partir de 1864. Entre 1864 et 1866, 53 marches forcées de 450 à 725 km se sont succédé, chacune durant de 18 à 40 jours.

Qui a organisé la Longue Marche ?

Le général James Henry Carleton, qui commandait au Nouveau-Mexique, l’a décidée. Le colonel Kit Carson l’a rendue possible par une campagne de terre brûlée qui a affamé les Navajos et les a poussés à se rendre.

Combien de Navajos sont morts pendant la Longue Marche ?

Il n’existe pas de bilan unique : des centaines de personnes sont mortes en chemin, de froid, de faim, d’épuisement ou abattues par les soldats. Des centaines d’autres sont mortes de maladie à Bosque Redondo.

Comment les Navajos sont-ils rentrés chez eux ?

Barboncito et Manuelito ont négocié avec le général William Sherman le traité du 1er juin 1868. Les autorités ayant reconnu l’échec de Bosque Redondo, plus de 8 000 Diné ont pu retourner dans le Dinétah.

Astuce : essaie « têtes réduites », « Écosse » ou « Sand Creek ».