Clans et Tribus

Récit · 5 sur 5 · Les Cheyennes et les guerres des Grandes Plaines

Roman Nose, le prix de l’invincibilité

Roman Nose, de son vrai nom Woquini, était le guerrier cheyenne le plus redouté des années 1860. Sa coiffe sacrée le rendait, croyait-on, invulnérable aux balles, à une condition : ne jamais manger d’un aliment touché par du métal. En septembre 1868, à Beecher Island, une simple fourchette lui coûte la vie.

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Roman Nose (Woquini) est un guerrier cheyenne du Sud, devenu après le massacre de Sand Creek de 1864 le chef de guerre le plus redouté des Grandes Plaines. Il se croyait protégé des balles par une coiffe sacrée, à condition de ne jamais manger d’aliment touché par du métal. Ayant rompu cet interdit par accident, il charge malgré tout à la bataille de Beecher Island, le 17 septembre 1868, et meurt le soir même, à 33 ans.

Beecher Island, 17 septembre 1868 : le guerrier qui refuse de charger

Dans les plaines du Colorado, 51 éclaireurs de l’armée américaine sont encerclés sur une petite île de sable par environ 600 guerriers cheyennes et sioux. Ses hommes supplient Roman Nose de mener l’assaut : sa seule présence terrorise l’ennemi.

Mais le plus célèbre des guerriers cheyennes reste assis, le visage fermé. Autour de lui, les jeunes murmurent : lâche, trop vieux, malade. Lui sait que s’il monte à cheval ce jour-là, il mourra. Pas à cause de l’ennemi, mais à cause d’une fourchette.

Qui était Roman Nose ?

Son vrai nom est Woquini, que l’on traduit par « Nez crochu ». Dans les années 1850, c’est un jeune homme des Plaines du Sud, connu pour sa stature, 1,92 m, et pour son agilité à la chasse au bison.

Son monde change vite. Les colons passent par Fort Bent, la seule installation blanche permanente de la région. Les bisons se raréfient, et les épidémies ont divisé par deux la population des Cheyennes du Sud. Les chefs de paix, Yellow Wolf et Black Kettle, tempèrent son ardeur. Il n’a pas connu les grandes guerres contre les Crows, les Pawnees ou les Comanches, et son peuple ne veut plus se battre.

Un soldat, pas un chef

Roman Nose n’est pas un chef de tribu. Il appartient à la société de la Lance tordue (Crooked Lance). Il refuse toujours d’entrer au conseil des 44, l’organe politique des chefs cheyennes : administrer ne l’intéresse pas, il veut rester un guerrier parmi ses frères d’armes. Cette humilité lui vaut le respect de toutes les factions cheyennes, et même des Sioux.

Sand Creek, le point de rupture (1864)

Le 29 novembre 1864, l’armée attaque le camp de Black Kettle sur la Sand Creek et massacre plus de 150 personnes, surtout des femmes, des enfants et des anciens. La bande se croyait sous protection américaine. Roman Nose n’est pas présent. Quand il découvre les corps mutilés, quelque chose se brise en lui.

À partir de ce jour, il refuse tout compromis avec les Blancs. Les appels à la paix perdent leur crédit, et toute une génération cesse de croire aux promesses américaines. Il passe de village en village pour recruter des combattants et devient, à la tête des Dog Soldiers du Sud, le visage de la résistance armée. Le massacre est raconté dans le récit Le massacre de Sand Creek.

La coiffe sacrée de White Bull

Un homme-médecine respecté, White Bull, lui fabrique une coiffe de guerre après des jours de jeûne et de visions. Dans la version retenue par la vidéo, elle porte des plumes d’aigle, une corne centrale, un martin-pêcheur et une chauve-souris.

Cette coiffe le protège des balles des Blancs, à une condition absolue : respecter un code d’honneur et des tabous alimentaires stricts. Le plus important : ne jamais manger d’un aliment touché par un instrument de métal ou de fer, symboles de l’homme blanc. S’il le fait, la protection disparaît, et seule une longue cérémonie de purification peut la rendre.

Une coiffe aux mille versions

L’histoire a depuis inventé une dizaine de coiffes différentes pour Roman Nose. Le major George Forsyth, qui l’a affronté, décrivait un bonnet de guerre orné de deux petites cornes de bison. L’ethnologue George Bird Grinnell, en interrogeant des vétérans, a appris qu’il n’avait jamais porté ce genre de coiffe. La version de la corne unique vient d’une légende liée à White Bull : elle est à prendre avec prudence.

Le guerrier que les balles ne touchent pas

Sur le terrain, l’effet est saisissant. À la bataille de Platte Bridge Station, en juillet 1865, Roman Nose charge plusieurs fois seul, à découvert, les lignes américaines. Selon le récit, les balles déchirent ses vêtements sans jamais l’atteindre. Cette bataille est racontée dans le récit Les Dog Soldiers cheyennes.

Pour ses guerriers, c’est un être hors du commun. Pour les soldats, un démon de près de deux mètres coiffé d’un fétiche. Dans une guerre où la psychologie compte autant que les armes, son image devient une arme. Son nom fait trembler les colons du Kansas.

Pendant ce temps, les traités sont violés les uns après les autres. Les Cheyennes voient leurs bisons massacrés, leurs cours d’eau souillés et leurs rares bois ravagés, alors que le bois suffit tout juste au chauffage et aux perches des tipis.

La fourchette en fer

En 1868, le général Philip Sheridan répond aux raids des Dog Soldiers en créant une unité de 50 à 51 éclaireurs civils d’élite. Elle est commandée par le major Forsyth et armée de carabines Spencer à sept coups, une arme à répétition que les Cheyennes n’ont jamais affrontée.

Quelques jours avant la bataille, Roman Nose partage un repas dans un camp sioux. Une femme lui sert de la viande de bison. Ce n’est qu’après avoir mangé qu’il remarque qu’elle a retourné la viande dans la marmite avec une fourchette en fer. Le tabou est brisé. Une autre version, rapportée dans l’épisode sur les Dog Soldiers, parle d’un pain retiré d’une poêle avec une fourchette, la veille, chez des voyageurs.

Pour retrouver sa protection, il lui faudrait une cérémonie de purification de plusieurs jours. Mais les éclaireurs de Forsyth sont repérés avant qu’il ait pu l’accomplir. La bataille commence.

La dernière charge de Roman Nose

Retranchés sur leur île, les hommes de Forsyth brisent les charges une à une grâce à la cadence de leurs carabines. Les guerriers se font décimer et appellent Roman Nose. Il est face à un dilemme : préserver sa vie en respectant les esprits, ou mourir pour son peuple.

Il se lève, revêt sa coiffe, peint son visage et monte sur son cheval blanc. Il annonce à ses compagnons qu’il sait qu’il va mourir et que ce sera son dernier combat. Puis il pousse son cri de guerre et lance une charge de 300 guerriers contre l’île.

Il traverse la ligne de front, mais il est touché au flanc par l’un des trois tireurs embusqués sur l’autre rive. Son cheval ralentit, se met au pas. Roman Nose tombe et meurt au crépuscule. Il avait 33 ans. L’île ne sera jamais prise : après six jours de siège, des renforts dégagent les éclaireurs.

La légende de Roman Nose

Sa mort n’a pas détruit le mythe. Pour les Cheyennes, il n’a pas été vaincu par les balles américaines, mais par la fatalité d’une magie rompue. Il n’a pas chargé parce qu’il se croyait invincible, mais parce qu’il savait l’honneur de son peuple en jeu.

Était-il simplement chanceux lors de ses premières batailles, ou la coiffe protégeait-elle vraiment ? La question reste ouverte. Sa vie montre en tout cas le poids des croyances sur un champ de bataille, dans les deux camps.

Pour aller plus loin

Le contexte complet de la résistance cheyenne se trouve dans le dossier Les Cheyennes et les guerres des Grandes Plaines. Les sociétés guerrières, dont celle de Roman Nose, sont présentées dans Cheyennes contre Crows.

Et pour comprendre ce que signifiaient les plumes d’une coiffe de guerre, lisez Les plumes et la coiffe de guerre.

Par Kan McTavish · mis à jour le 17 octobre 2026 · d’après la vidéo et les sources du dossier.

Questions fréquentes

Qui était Roman Nose ?

Un guerrier cheyenne du Sud, de son vrai nom Woquini, membre de la société de la Lance tordue. Il refusa toujours de siéger au conseil des 44 et devint après Sand Creek le chef de guerre le plus célèbre de la résistance cheyenne.

Pourquoi Roman Nose se croyait-il invulnérable ?

L’homme-médecine White Bull lui avait fabriqué une coiffe sacrée censée le protéger des balles. Cette protection reposait sur des tabous stricts, dont l’interdiction de manger un aliment touché par un instrument de métal.

Comment Roman Nose est-il mort ?

Quelques jours avant la bataille de Beecher Island, il mangea de la viande retournée avec une fourchette en fer. Sans le temps de se purifier, il chargea quand même le 17 septembre 1868, fut touché au flanc et mourut le soir même, à 33 ans.

À quoi ressemblait la coiffe de Roman Nose ?

La version retenue dans la vidéo décrit des plumes d’aigle, une corne unique, un martin-pêcheur et une chauve-souris. Les témoignages divergent : le major Forsyth parlait d’une coiffe à deux petites cornes de bison, et l’ethnologue George Bird Grinnell a recueilli des récits contraires.

Astuce : essaie « têtes réduites », « Écosse » ou « Sand Creek ».