Clans et Tribus

Récit · 4 sur 7 · Les Séminoles, le peuple qui ne s’est jamais rendu

La seconde guerre séminole (1835-1836) : l’armée américaine en échec

Le 28 décembre 1835, pendant que la colonne Dade est anéantie, Osceola tue l’agent indien Wiley Thompson devant Fort King. Commence alors une guérilla de deux ans où l’artillerie ne sert à rien, où les généraux se succèdent et où les fièvres tuent autant que les balles.

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La seconde guerre séminole oppose les Séminoles de Floride aux États-Unis de 1835 à 1842. Elle commence le 28 décembre 1835 par le massacre de Dade et l’assassinat de l’agent indien Wiley Thompson à Fort King par Osceola. Pendant ses deux premières années, environ 1 500 guerriers tiennent en échec une armée qui finira par engager plus de 40 000 hommes, à la rivière Withlacoochee comme à Wahoo Swamp.

Wiley Thompson, l’agent indien de Jackson

Wiley Thompson, Virginien installé en Géorgie, possède une grande plantation peuplée d’esclaves. Démocrate dévoué à Andrew Jackson, il a lui-même des intérêts à défendre. Pour Jackson, c’est l’homme idéal pour mener une médiation qui n’en a que le nom.

Pour les Séminoles, la vie dans la réserve est devenue impossible. Chasser hors de ses limites peut valoir la prison et le fouet, davantage si l’accusé a tué le bétail d’un colon. Les armes sont confisquées, ce qui empêche de nourrir les familles. Les Blancs capturent légalement des Noirs vivant parmi les Séminoles, anciens esclaves ou non. Pour Osceola s’y ajoutent la menace de déportation et la vente de sa femme comme esclave.

L’attaque de Fort King (28 décembre 1835)

Ce 28 décembre, la colonne du major Dade, attendue en fin de matinée, n’est toujours pas arrivée. En début d’après-midi, Thompson sort de Fort King pour sa ronde, avec un lieutenant et une escorte de cinq soldats. Vers 15 heures, il longe la palissade en direction de la boutique du marchand qui fournit le fort.

Des coups de feu partent du bois. Thompson et son lieutenant s’écroulent. Entre 40 et 70 guerriers, dont des Noirs marrons et des Miccosukees, surgissent torse nu, peints de rouge. Le fort, croyant à une attaque massive, ferme ses portes et condamne les soldats restés dehors. De toute façon, la garnison est presque vide : le gros des troupes prépare ailleurs une attaque contre les familles séminoles.

Thompson est retrouvé avec 14 balles dans le corps et un poignard dans le cœur. Les défenseurs reconnaissent Osceola à son cri de guerre lorsqu’il brandit le scalp de l’agent indien. La boutique est pillée et incendiée, puis les Séminoles disparaissent sans perte.

Le scalp chez les Séminoles

Chez les Séminoles, le premier scalp fait office de rite de passage : le jeune homme devient guerrier et reçoit un nom de guerre. Les suivants permettent de gagner en autorité. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles on évite d’attaquer la nuit : chacun doit pouvoir témoigner de la bravoure des autres, et démasquer les tricheurs. L’histoire de cette pratique, bien plus ancienne que l’Amérique, est retracée dans Le scalp, histoire d’un trophée de guerre.

La guérilla d’Osceola

Avec le massacre de Dade et la mort de Thompson, la seconde guerre séminole est déclarée. Les généraux Gaines et Scott lancent leurs campagnes. Ils se heurtent à une stratégie qu’aucun officier formé à West Point n’a appris à combattre : le hit and run, frapper puis disparaître.

Les deux atouts de l’armée américaine, l’artillerie et la cavalerie, sont presque inutilisables dans les forêts humides, les marais et les hammocks, ces bosquets denses où les Séminoles sont invisibles. Au début de la guerre, il n’y a que 200 soldats dans le nord pour surveiller la réserve. Faute de renforts, des forts sont abandonnés ou brûlés. Les États voisins envoient des milices, mais ils doivent garder de quoi se défendre.

Osceola sait qu’à terme ses 1 500 guerriers feront face à 9 000 soldats, sans compter les milices et les alliés creeks. Ces Creeks se battent dans l’espoir d’échapper eux-mêmes à la déportation, que Washington organise pourtant pendant qu’ils sont en Floride.

Il divise ses forces en commandos qui attaquent les plantations, puis les colonies de New River et de Cape Florida. Tout est brûlé, jusqu’aux chevaux, porcs et volailles qu’on ne peut emporter. Environ 500 familles de colons perdent tout. Osceola reproche à ses guerriers de s’en prendre aux femmes et aux enfants plutôt qu’aux hommes, mais la soif de vengeance des Séminoles, des Miccosukees et des Noirs marrons est difficile à contenir. En réponse, Washington nourrit, loge et pensionne les colons réfugiés dans les forts, et beaucoup s’engagent dans la milice.

La mort de Charley Emathla

Dès le 26 novembre 1835, Osceola avait tendu une embuscade au chef Charley Emathla, qui venait de vendre son bétail pour partir vers l’ouest. Il le tue et vide sa bourse sur le sol, à côté du corps. Selon la légende, personne n’a touché à ces pièces pendant des années : un avertissement à tous ceux qui seraient tentés de quitter la terre des ancêtres.

La bataille de la Withlacoochee (fin décembre 1835)

Quelques jours après Fort King, une colonne de 800 à 900 hommes doit franchir la Withlacoochee, frontière entre la réserve et les terres des colons. Pour éviter une embuscade comme celle de Dade, le commandement renonce aux ponts et aux gués habituels et fait traverser la rivière à pied, à un endroit large.

Quand toute la colonne est dans l’eau, Osceola ouvre le feu avec 140 guerriers depuis une rive. Sur la rive opposée, Alligator en fait autant avec 160 hommes. Pris dans un feu croisé, les soldats se laissent dériver avec le courant pour se reformer plus loin. Les Américains comptent 20 morts et une soixantaine de blessés ; les Séminoles, aucune perte selon la vidéo.

Osceola fait alors porter un message au colonel Duncan Clinch : les Américains ont de la poudre et du plomb, les Séminoles aussi, et ils se battront jusqu’à la dernière goutte de sang.

1836 : l’armée américaine enlisée

En février 1836, une trêve est sur le point d’être conclue alors qu’Osceola encercle le général Gaines, mais l’arrivée d’une colonne de renfort fait échouer les pourparlers. Durant l’été, le général Scott débarque trois colonnes dans le sud pour couper la contrebande d’armes venue de Cuba et des Bahamas, puis repousser les Séminoles vers le centre.

C’est un enlisement. Les soldats ne voient jamais l’ennemi, sont dévorés par les moustiques, mordus par les serpents. Leurs uniformes de laine sont inadaptés à la chaleur. Fièvres, ivresse et pénurie de vivres déciment les rangs.

La campagne du général Call

Le général Richard Keith Call, à son tour commandant en Floride, imagine un plan habile : trois dépôts de ravitaillement le long de la Withlacoochee, desservis par trois bateaux à vapeur, pour utiliser les cours d’eau comme le font les Séminoles. Mais deux équipages sur trois tombent malades. À Suwannee Old Town, il trouve une population mourante de la fièvre jaune ; à Fort Saint-Marks, des gens qui meurent de faim.

Sur la route du retour, les chevaux meurent et des soldats désertent. Call marche sur Fort Drane, abandonné, qu’il croit occupé par les Séminoles et plein de vivres. Il l’encercle et le prend d’assaut : le fort est vide. Osceola l’avait vidé de ses ressources bien avant son arrivée.

À l’automne 1836, Call atteint la Withlacoochee, large de 220 m. Il ne trouve aucun moyen de la franchir pendant que les Séminoles le narguent depuis l’autre rive. Avec sept jours de rations, les officiers décident le 16 octobre de rebrousser chemin.

La bataille de Wahoo Swamp (novembre 1836)

Le 11 novembre, Call repart avec 749 guerriers creeks, 200 soldats et environ 1 000 cavaliers de la milice du Tennessee, sur 1 200 au départ. Un vieux Séminole noir, assis sur une souche, lui apprend que tous les siens sont partis dans le marais de Wahoo.

Un milicien repère un village par une trouée dans un hammock. Les hommes avancent en V pour l’encercler : le village est en feu et désert. Les Séminoles, cachés à la lisière, mitraillent les deux branches du V. Les Tennesséens chargent dans la végétation, mais leurs chevaux s’embourbent dès le premier hammock. Les Séminoles reculent d’un abri à l’autre. Au coucher du soleil, les miliciens rentrent au camp, épuisés.

Trois jours plus tard, l’armée avance sur une ligne de 1,6 km. Les Séminoles tirent, reculent en rechargeant, tirent encore : un front mobile que les Américains ne parviennent pas à suivre. Seul un groupe de Creeks y parvient, jusqu’à un goulot où le seul passage est un marais tenu par les Séminoles.

Le major David Moniac, Creek et premier Amérindien diplômé de West Point, se porte volontaire pour sonder la profondeur. Il avance seul, un fil lesté de plomb entre les doigts. L’eau lui arrive à la poitrine quand une balle l’atteint à la tête. Plus personne n’ose traverser. Call sonne la retraite ; ses hommes n’ont plus ni vivres ni munitions.

Jesup et la « guerre irrégulière »

Le 9 décembre 1836, le général Thomas Jesup remplace Call, désavoué par le président Jackson pour avoir reculé devant les Séminoles. Avec lui, l’armée renonce à chercher la grande bataille. Elle s’attaque aux villages, aux réserves de nourriture, aux civils : une guerre de contre-insurrection, que les Américains appelleront irregular warfare.

Les Séminoles, vus comme primitifs lors de la première guerre, se sont révélés de fins tacticiens. La suite, faite de trahisons et d’évasions, est racontée dans la capture d’Osceola.

Pour aller plus loin

L’embuscade qui ouvre la guerre est racontée dans Le massacre de Dade (1835), et l’ensemble du conflit dans le dossier Les Séminoles, le peuple qui ne s’est jamais rendu.

Pour une autre guerre de partisans contre l’armée américaine, voyez Les Cheyennes et les guerres des Grandes Plaines.

Par Kan McTavish · mis à jour le 17 octobre 2026 · d’après la vidéo et les sources du dossier.

Questions fréquentes

Quand a eu lieu la seconde guerre séminole ?

De 1835 à 1842. Elle commence le 28 décembre 1835 avec le massacre de Dade et l’attaque de Fort King, et le général Worth la déclare terminée le 14 août 1842.

Comment Osceola a-t-il tué Wiley Thompson ?

Le 28 décembre 1835 vers 15 heures, Thompson sort de Fort King pour sa ronde. Des guerriers cachés dans le bois l’abattent ; il est retrouvé avec 14 balles dans le corps, et Osceola brandit son scalp.

Pourquoi l’armée américaine n’arrivait-elle pas à vaincre les Séminoles ?

Les Séminoles frappaient puis disparaissaient dans les marais et les hammocks, où l’artillerie et la cavalerie étaient inutiles. Les soldats, en uniformes de laine, souffraient de la chaleur, des fièvres et du manque de vivres.

Qui était David Moniac ?

Un Creek, premier Amérindien diplômé de l’académie militaire de West Point. Il fut tué d’une balle dans la tête en sondant un marais à la bataille de Wahoo Swamp, en novembre 1836.

Astuce : essaie « têtes réduites », « Écosse » ou « Sand Creek ».