Récit · 3 sur 7 · Les Séminoles, le peuple qui ne s’est jamais rendu
Le massacre de Dade (1835), l’embuscade qui lance la seconde guerre séminole
Le 28 décembre 1835, sous une pluie battante, 180 guerriers séminoles attendent une colonne américaine derrière les pins de Floride. Sur 108 soldats du major Francis Dade, trois survivront. Avant l’embuscade, il a fallu le traité de 1819, des traités truqués et le couteau d’Osceola planté dans l’un d’eux.
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Le massacre de Dade est l’embuscade tendue le 28 décembre 1835 par 180 guerriers séminoles à une colonne de 108 soldats américains commandée par le major Francis L. Dade, entre Fort Brooke et Fort King, en Floride. Seuls trois Américains survécurent, contre trois morts côté séminole. Cette attaque, menée par Micanopy, Jumper et Alligator, déclenche la seconde guerre séminole.
La fin de la première guerre séminole (1818-1819)
Au printemps 1818, Andrew Jackson marche sur Tallahassee, un village de 300 habitants. Il fait brûler les cabanes et les champs de maïs, sans se soucier du sort de la population. Kinache, le roi des Miccosukees, arrive trop tard. Selon la version retenue par Kan McTavish, il se jette dans le combat et ne se rend qu’après avoir perdu plus de la moitié de ses guerriers ; d’autres récits le disent tué ou en fuite.
La colonne descend ensuite la rivière Suwannee vers les villages de Bolek, que les Européens appelleront plus tard Billy Bowlegs. Les villages des Séminoles noirs, principales cibles de Jackson, lancent des escarmouches sans coordination. Bolek fait évacuer les familles vers le sud, et l’armée ne trouve plus que des villages vides. Jackson se proclame vainqueur, laisse une garnison à Saint-Marks, puis s’empare de Pensacola, que le gouverneur espagnol et ses 175 hommes abandonnent sans combattre.
En 1819, par le traité Adams-Onís, l’Espagne cède la Floride aux États-Unis contre 5 millions de dollars et la garantie que le Texas restera espagnol. La paix se négocie sans les Séminoles. C’est une victoire stratégique pour Washington, mais un échec militaire : aucun esclave n’a été rendu et les Séminoles restent insaisissables. Pour les Séminoles, cette guerre n’est que le début d’un seul et même conflit de 46 ans.
Du traité de Moultrie Creek à l’Indian Removal Act
Les Géorgiens réclament bientôt leurs esclaves en fuite ou une compensation. Le gouvernement tente de diviser Séminoles et Séminoles noirs, en poussant les premiers à posséder des esclaves et à revendiquer la propriété des terres cultivées par les seconds. Cela ne fonctionne guère, mais la méfiance s’installe. En 1822, le secrétaire d’État estime à près de 600 le nombre de Noirs marrons vivant dans les forêts de Floride.
Washington propose aux Séminoles de partir vers l’ouest ou de rejoindre les Creeks, leurs anciens ennemis. Ils refusent. En soudoyant quelques chefs, les Américains obtiennent en 1823 le traité de Moultrie Creek. Il crée une réserve au centre de la Floride, sur des terres en majorité acides et marécageuses. Les Séminoles s’engagent à refuser les esclaves fugitifs ; en échange, ils reçoivent 5 000 dollars par an pendant 20 ans, du bétail et du matériel agricole.
Le traité autorise aussi les Blancs à entrer dans la réserve pour reprendre leurs anciens esclaves. Ils enlèvent surtout des enfants noirs ou métis nés de parents libres, agressent et violent. En 1828, Andrew Jackson devient président. Une sécheresse pousse les Séminoles affamés à piller les champs des colons installés sur leurs anciennes terres. Jackson a son prétexte : en 1830, le Congrès vote la déportation des « cinq tribus civilisées ».
Payne’s Landing et Fort Gibson : des traités contestés
Le colonel James Gadsden réunit des chefs séminoles à Payne’s Landing pour les convaincre de partir en Arkansas avec les Creeks. Un traité est signé, qui leur laisse trois ans pour quitter la Floride. Certains chefs ont été achetés, d’autres menacés, et certains affirment n’avoir jamais été présents malgré leur nom sur le document. Surtout, seul le grand conseil des deux confédérations pouvait engager la nation.
Une délégation visite l’Arkansas en 1832, et le traité de Fort Gibson de 1833 la dit satisfaite. Les Séminoles ignorent que Washington a suspendu une aide de 250 000 dollars aux Creeks pour indemniser les planteurs géorgiens. Les Creeks comptent se rembourser en capturant tous les Séminoles noirs ou métis. Le grand conseil séminole rejette le traité en bloc. Pour les Américains, un traité signé est exécutoire.
Osceola plante son couteau dans le traité
En avril 1835, l’agent indien Wiley Thompson exige le départ des Séminoles vers le Territoire indien, dans l’actuel Oklahoma. Les chefs Micanopy, Jumper, Abiaka, Black Dirt et Alligator hésitent. C’est alors qu’un guerrier s’avance et plante son couteau au milieu du traité posé sur la table.
Il s’appelle Osceola. Arrivé en Floride à 13 ans avec les Creeks Bâtons Rouges, il déclare que ces terres sont les leurs et qu’ils n’ont pas besoin de l’argent des Blancs. Du jour au lendemain, il devient un héros pour son peuple.
Un jour, Thompson lui refuse la vente de poudre et de plomb. La dispute tourne mal et Osceola est enfermé à Fort King, où il saccage sa cellule. Pour sortir, il signe le traité et feint l’amitié, au point que Thompson lui offre un fusil. En coulisse, il organise la résistance. Selon une tradition rapportée dans la vidéo, Thompson fait capturer la femme d’Osceola, une métisse, pour la vendre comme esclave en Géorgie.
Fin 1835, Osceola a mobilisé environ 1 500 guerriers, capables d’aligner jusqu’à 2 000 combattants. En face, l’armée mobilisera 9 000 soldats la première année et, sur toute la guerre, plus de 10 000 soldats réguliers et 30 000 miliciens.
La colonne Dade en marche (23-27 décembre 1835)
Le 19 décembre, des rapports signalent un rassemblement séminole près de la rivière Withlacoochee. Le 23, une colonne quitte Fort Brooke pour renforcer Fort King : le major Francis L. Dade, 8 officiers, 99 soldats, 3 civils et un canon de 6 livres tiré par un cheval. Le soir, les hommes se retranchent derrière des troncs. Des éclaireurs séminoles les suivent et notent leurs habitudes.
Le 24, le guide noir de Dade, Louis Pacheco, découvre qu’un pont a été brûlé. Le 25, la colonne traverse sur un bac, mais le canon tombe à l’eau. Dade le fait repêcher à tout prix ; un artilleur se blesse au dos et est renvoyé à Fort Brooke. Ce jour-là, la colonne avance d’à peine 10 km. Le 26, un autre pont, partiellement brûlé, doit être réparé. Le 27, la Withlacoochee est franchie à gué. Dade croit à des actes isolés.
L’embuscade du 28 décembre 1835
Le 28, il pleut à verse. Les 108 hommes avancent tête baissée, emmitouflés dans leurs longs manteaux de laine boutonnés pour protéger leurs cartouchières. Personne ne couvre les flancs, aucun éclaireur ne précède la colonne. À droite de la piste pousse une herbe coupante de plus d’un mètre cinquante, la sawgrass ; à gauche, un bois de pins et de palmiers.
Vers 8 heures, la pluie cesse. Dade, en tête avec une avant-garde de sept hommes, se retourne sur sa selle : le danger est passé, et il promet trois jours de permission à Fort King pour fêter Noël. Un coup de feu éclate. Micanopy vient de l’abattre.
C’est le signal pour 180 guerriers cachés derrière les pins. Ils sont menés par Micanopy, chef des Séminoles du haut, et Jumper, chef des Séminoles du bas. Alligator, Halpatter Tustenuggee, a planifié l’attaque. Micanopy voulait la retarder ; Jumper l’a traité de timide.
La première salve abat la moitié de la colonne et presque tous les officiers. Les survivants se jettent derrière les arbres, mais peinent à déboutonner leurs manteaux trempés pour atteindre leurs munitions. Ils tirent sur un ennemi invisible, accroupi derrière la végétation.
Le canon de Basinger et la barricade
Le lieutenant William Basinger met le canon en batterie. Ses boulets passent au-dessus des têtes, mais la mitraille fait des ravages. Ses servants tombent les uns après les autres et sont aussitôt remplacés. Alligator racontera qu’un petit officier très brave, qu’aucun Indien ne parvenait à tuer, ne cessait de crier sur ses hommes près du canon. Les Séminoles se replient, persuadés que la colonne est anéantie.
Pendant 45 minutes, plus un bruit. Une trentaine de survivants coupent de jeunes pins pour bâtir une barricade triangulaire qui ne dépasse pas le genou. Un éclaireur séminole donne l’alerte. Après une dispute, Alligator et Jumper entraînent les guerriers dans un second assaut. Ils ont compris le cycle du canon et se cachent derrière les troncs au moment du tir.
Le lieutenant Richard Henderson, le bras cassé, continue de tirer jusqu’à sa mort. Basinger et le capitaine George Gardiner tombent à leur tour. Vers 14 heures, les Séminoles entrent dans la barricade. Le soldat Ransom Clark, une balle dans l’épaule qui lui a perforé le poumon, fait le mort. C’est grâce à son témoignage que l’on connaît l’attaque.
Les guerriers ramassent armes, équipements et manteaux, puis disparaissent. Peu après arrivent à cheval une soixantaine d’anciens esclaves. Ils dépouillent les soldats, invectivent les mourants sur l’esclavage et mutilent les blessés. Les morts ne seront retrouvés et enterrés que deux mois plus tard.
Le bilan de la bataille de Dade
Sur les 108 hommes de la colonne, trois survivent, dont Louis Pacheco, que certaines sources accusent d’avoir trahi au profit des Séminoles. Les Séminoles ne perdent que trois hommes et comptent cinq blessés. Avant le témoignage d’Alligator, les Américains estimaient avoir affronté 500 à 1 000 guerriers.
L’embuscade n’était que la première moitié d’un plan décidé en grand conseil de guerre. Le même jour, Osceola attaquait Fort King pour régler son compte à Wiley Thompson, épisode raconté dans la seconde guerre séminole.
Pour aller plus loin
Ce qui précède, de Fort Negro à l’invasion de Jackson, se trouve dans le récit Fort Negro (1816). L’histoire complète du peuple est résumée dans le dossier Les Séminoles, le peuple qui ne s’est jamais rendu.
La loi de déportation de 1830 frappe aussi d’autres nations, comme le rappelle La conquête de l’Amérique.
Par Kan McTavish · mis à jour le 17 octobre 2026 · d’après la vidéo et les sources du dossier.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le massacre de Dade ?
L’embuscade tendue le 28 décembre 1835 par 180 guerriers séminoles à une colonne de 108 soldats américains, entre Fort Brooke et Fort King. Seuls trois Américains survécurent, contre trois morts séminoles.
Qui a mené l’attaque contre la colonne Dade ?
Micanopy, chef des Séminoles du haut, qui tira le premier coup de feu, Jumper, chef des Séminoles du bas, et Alligator, qui avait planifié l’embuscade. Osceola attaquait le même jour Fort King.
Pourquoi les Séminoles refusaient-ils de quitter la Floride ?
Les traités de Payne’s Landing et de Fort Gibson, qui prévoyaient leur départ, avaient été signés par quelques chefs achetés ou menacés et rejetés par le grand conseil. Partir chez les Creeks exposait aussi les Séminoles noirs à la capture.
Comment connaît-on le déroulement du massacre de Dade ?
Par le soldat Ransom Clark, qui fit le mort malgré une balle dans le poumon, et par le récit d’Alligator. Avant ce témoignage, les Américains croyaient avoir affronté 500 à 1 000 guerriers.