Clans et Tribus

Récit · 7 sur 7 · Les Séminoles, le peuple qui ne s’est jamais rendu

Des Everglades aux casinos Hard Rock : la survie des Séminoles

De 1838 à 1858, les derniers Séminoles de Floride échappent aux chiens, aux primes et à la terre brûlée. Quelques centaines restent dans les Everglades sans jamais se rendre. Un siècle plus tard, leurs descendants ouvrent un bingo, puis des casinos, et finissent par racheter la marque Hard Rock.

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Les Séminoles de Floride sont les descendants de quelques centaines de personnes restées cachées dans les Everglades après la troisième guerre séminole (1855-1858), sans jamais signer de reddition. Leur tribu a ouvert en 1979 l’une des premières salles de bingo autochtones, exploite aujourd’hui six casinos, dont le Seminole Hard Rock Hotel and Casino d’Hollywood, et a racheté la marque Hard Rock International pour près d’un milliard de dollars. Les casinos fournissent environ 90 % de ses revenus.

1838-1842 : la fin de la seconde guerre séminole

En février 1838, quelques semaines après la bataille de la Loxahatchee, les chefs Tuskegee et Halleck Hadjo, à la tête de 500 Séminoles, proposent la paix au général Jesup contre le droit de rester quelque part en Floride, au sud du lac Okeechobee par exemple. Jesup est d’accord. Washington refuse. Jesup fait capturer tout le groupe, qui venait pourtant de livrer 140 Noirs en gage de bonne foi.

Jesup est relevé de son commandement et remplacé par Zachary Taylor. Micanopy, Alligator, Jumper, The Cloud, Tuskegee et Halleck Hadjo sont déportés vers le Territoire indien ; King Philip meurt pendant le voyage. Les déportés transitent par La Nouvelle-Orléans, dans des camps où beaucoup meurent : en mai 1838, 800 personnes, dont 200 Noirs, y attendent leur sort, la moitié malades.

Taylor occupe le nord fertile, bâtit 53 postes et 1 364 km de routes. Mais Wildcat et Abiaka continuent la lutte : convois sabotés, plantations pillées, familles de colons tuées en représailles.

L’attaque de la Caloosahatchee et les chiens de Cuba

En mai 1839, le général Alexander Macomb signe avec deux chefs un traité qui autorise les Séminoles à rester dans une réserve au sud de la Floride ; il ne précise pas qu’il s’agit, pour Washington, d’une autorisation temporaire. Le 23 juillet 1839, 120 guerriers « Spanish Indians », menés par Chakaika, attaquent par surprise le camp du colonel William S. Harney près d’un poste de traite en construction sur la rivière Caloosahatchee. Les soldats n’ont presque pas de munitions. Harney s’échappe en barque ; 11 dragons sont tués et les civils du poste sont massacrés. Ces groupes n’avaient pas signé la paix.

La Floride achète alors à Cuba 33 chiens de pistage, 151,72 dollars pièce, déployés à partir du 27 janvier 1840. Ils blessent des femmes et des enfants et ne permettent de capturer que deux Séminoles en près d’un an.

Terre brûlée et achat des chefs

En mai 1840, le général Walker Armistead pratique la terre brûlée : ses petits détachements recherchent les champs de maïs et les caches pour les détruire. En décembre, Harney, déguisé en Séminole avec ses 90 hommes, surprend en canoë le camp de Chakaika dans les Everglades. Chakaika lâche sa hache et lève les mains ; un soldat l’abat. Son corps est pendu en guise d’avertissement.

En 1841, Armistead obtient de Washington un budget pour acheter le départ des chefs : jusqu’à 5 000 dollars pour un chef important, 30 dollars et un fusil par guerrier. Quelque 450 Séminoles partent vers l’ouest.

Wildcat en costume de Hamlet

Wildcat avait attaqué une troupe de théâtre shakespearienne et emporté ses costumes. Un jour, il entre dans Fort Pierce vêtu en Hamlet, accompagné d’un guerrier portant la cape d’hermine de Richard II. Sa fille, capturée plus tôt, se jette dans ses jambes. Il promet de partir en paix, puis traîne. Arrêté et envoyé à La Nouvelle-Orléans, il est ramené à Tampa, enchaîné, par le colonel William Worth, devenu général : s’il ne convainc pas les derniers Séminoles de se rendre, les siens seront pendus. Le 11 octobre 1841, 211 Séminoles se rendent.

Cette année-là, pour la première fois, les Séminoles ne peuvent pas célébrer la Green Corn, la grande cérémonie où l’on apaise les conflits, donne leur nom aux jeunes et boit la Black Drink. Le 14 août 1842, Worth déclare la guerre terminée et laisse les derniers Séminoles dans les Everglades, à condition qu’ils n’en sortent pas. L’Armed Occupation Act offre dans le même temps 64 hectares aux colons qui s’installent en Floride.

Fin 1843, 3 824 Séminoles ont été envoyés à l’ouest. Il en reste 200 à 500 en Floride, dont 95 guerriers, avec Abiaka et Billy Bowlegs. La guerre a mobilisé 10 169 soldats et marins et plus de 30 000 miliciens, coûté 1 466 morts américains, dont 328 tués au combat, et environ 30 millions de dollars.

La troisième guerre séminole (1855-1858)

En 1849, cinq Séminoles ivres tuent un Blanc nommé Barker. La presse s’emballe et le général David Twiggs arrive avec des troupes. Billy Bowlegs livre lui-même à Tampa trois des coupables et les mains d’un quatrième. Twiggs exige pourtant leur départ. Les Séminoles refusent : ils ont fait justice et ne partiront pas.

La pression devient juridique. En 1850, le Swamp and Overflowed Lands Act donne aux États les terres fédérales inondables susceptibles d’être asséchées. Le sud de la Floride s’ouvre aux investisseurs. En 1852, Bowlegs se rend jusqu’à Washington pour rencontrer le président Millard Fillmore, sans résultat. En 1854, le secrétaire à la Guerre Jefferson Davis interdit tout commerce avec les Séminoles et accélère la vente de leurs terres.

Un matin, une bande de Séminoles ouvre le feu sur des soldats qui déjeunent. Selon une rumeur, Bowlegs vengeait ses bananiers détruits. Jefferson Davis déclare la troisième guerre séminole. L’armée offre de 100 à 500 dollars par Séminole capturé ou poussé à partir.

Une guerre de fantômes

Le 17 avril 1856, le major Lewis Arnold et 113 hommes entrent dans le village de Billy Bowlegs, en apparence abandonné. Bowlegs les attend derrière les cyprès. Le combat dure de 9 heures à 16 heures, dans l’eau jusqu’à la taille, puis les Séminoles s’évanouissent.

Les Séminoles n’ont pas de bastion secret : ils bougent sans cesse, affamés, et évitent le combat sauf pour détourner les soldats de leurs familles. Fin 1857, l’armée détruit dans le Big Cypress des villages entiers, dont l’un compte une trentaine de maisons et 16 hectares de cultures. Le 28 novembre, le capitaine Parkhill est tué dans une embuscade.

Billy Bowlegs part, Abiaka reste

Le 27 février 1858, Billy Bowlegs vient négocier avec l’agent Elias Rector. Le 27 mars, il annonce que la guerre est finie. Le 7 mai, il quitte l’île-prison d’Egmont Key, à l’entrée de la baie de Tampa, avec 164 Séminoles à bord d’un vapeur nommé Grey Cloud, « nuage gris ».

Abiaka, très âgé, reste en Floride avec un peu moins de 250 personnes. Il fait savoir que la paix est faite, mais qu’il ne partira jamais. Pour Kan McTavish, c’est la fin d’une seule guerre de 46 ans, au cours de laquelle la nation séminole n’a jamais demandé la paix.

Que sont devenus les Séminoles de l’Ouest ?

Arrivés sur le Territoire indien, les Séminoles vivent d’abord chez les Choctaws, puis sous la tutelle politique des Creeks, dont certains capturent des Séminoles noirs pour les vendre. Ils n’obtiennent un territoire propre qu’en 1855. Micanopy meurt à Fort Gibson le 2 janvier 1849.

Wildcat part au Mexique en 1850 avec une centaine de Séminoles et de Noirs. Il y combat les raids apaches et comanches et reçoit des terres près de San Fernando de Rosas, avant de mourir de la variole. Billy Bowlegs meurt vers 1859 en Oklahoma. En 1861, la nation séminole signe un traité avec la Confédération, négocié par Albert Pike ; John Jumper, chef propriétaire d’esclaves, s’engage du côté sudiste. Le traité de 1866 impose la libération des esclaves et leur citoyenneté tribale.

Les Séminoles aujourd’hui : bingo, casinos et Hard Rock

Trois tribus sont aujourd’hui reconnues par l’État fédéral : la Seminole Nation of Oklahoma, environ 15 572 membres ; la Seminole Tribe of Florida, environ 4 000 ; la Miccosukee Tribe of Indians of Florida, distincte mais proche, environ 400. Au total, environ 20 000 Séminoles.

En Floride, la tribu commence dans les années 1920 par des spectacles d’alligators, prétexte à vendre de l’artisanat aux touristes. En 1979, elle ouvre son premier bingo, qui offre des gains supérieurs à ceux autorisés par la loi de Floride grâce à son statut de nation autochtone. La Cour suprême donne raison aux tribus, puis l’Indian Gaming Regulatory Act encadre les jeux.

Les Séminoles de Floride exploitent aujourd’hui six casinos, dont le Seminole Hard Rock Hotel and Casino d’Hollywood, et ceux d’Oklahoma trois. Les casinos représentent environ 90 % des revenus de la tribu de Floride, qui s’est aussi diversifiée dans le tabac, le tourisme, l’immobilier et l’élevage. Le rachat de Hard Rock International, annoncé en 2006 et conclu en 2007 pour près d’un milliard de dollars, fait des Séminoles la première nation amérindienne à acquérir une marque mondiale.

Le conseil tribal verse à chacun de ses quelque 4 300 membres un dividende mensuel estimé entre 10 000 et 13 000 dollars. Pour être inscrit, il faut au moins un quart de sang séminole de Floride, un ancêtre inscrit sur le registre tribal de 1957 et le parrainage d’un membre. Ces critères de quantum de sang, comme ceux appliqués en Oklahoma aux Freedmen, descendants des Séminoles noirs, excluent une partie de ceux dont les ancêtres ont combattu aux côtés des Séminoles.

Pour aller plus loin

La bataille qui précède cette dernière phase est racontée dans la bataille du lac Okeechobee, et toute l’histoire du peuple dans le dossier Les Séminoles, le peuple qui ne s’est jamais rendu.

Pour comparer avec la vie dans d’autres réserves, lisez Quatre réserves indiennes : la réalité. Et pour une autre nation qui a gagné le droit de rentrer chez elle, voyez La Longue Marche des Navajos.

Par Kan McTavish · mis à jour le 17 octobre 2026 · d’après la vidéo et les sources du dossier.

Questions fréquentes

Les Séminoles possèdent-ils Hard Rock ?

Oui. La Seminole Tribe of Florida a racheté Hard Rock International pour près d’un milliard de dollars, une acquisition annoncée en 2006 et conclue en 2007. C’était la première fois qu’une nation amérindienne achetait une marque mondiale.

Combien de casinos possèdent les Séminoles ?

La tribu de Floride en exploite six, dont le Seminole Hard Rock Hotel and Casino d’Hollywood, et la nation séminole d’Oklahoma trois. Les casinos représentent environ 90 % des revenus de la tribu de Floride.

Quand a eu lieu la troisième guerre séminole ?

De fin 1855 à 1858. Elle s’achève quand Billy Bowlegs accepte de partir vers l’ouest avec 164 Séminoles, tandis qu’Abiaka reste en Floride avec un peu moins de 250 personnes.

Combien y a-t-il de Séminoles aujourd’hui ?

Environ 20 000 : quelque 15 572 membres de la Seminole Nation of Oklahoma, environ 4 000 de la Seminole Tribe of Florida et environ 400 de la Miccosukee Tribe of Indians of Florida.

Astuce : essaie « têtes réduites », « Écosse » ou « Sand Creek ».