Clans et Tribus

Récit · 6 sur 7 · Les Séminoles, le peuple qui ne s’est jamais rendu

La bataille du lac Okeechobee (1837) et la mort d’Osceola

Le jour de Noël 1837, 400 guerriers séminoles attendent les soldats de Zachary Taylor au bord du lac Okeechobee, puis s’échappent en canoë. Un mois plus tard, à la Loxahatchee, ils encaissent les roquettes de Jesup. Le 30 janvier 1838, Osceola meurt en prison, peint pour la guerre.

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La bataille du lac Okeechobee a eu lieu le 25 décembre 1837 en Floride : environ 400 guerriers séminoles menés par Abiaka, Alligator et Wildcat y ont affronté 1 295 soldats du colonel Zachary Taylor. Les Américains ont perdu officiellement 29 morts et 111 blessés, les Séminoles 11 morts et 25 blessés avant de se retirer en canoë sur le lac. Un mois plus tard, la bataille de la Loxahatchee et la mort d’Osceola, le 30 janvier 1838, ferment ce chapitre de la guerre.

Le piège du lac Okeechobee

Le colonel Zachary Taylor, qui vient d’obtenir la reddition de Jumper, trouve enfin le camp d’Alligator, de Wildcat et d’Abiaka : il est désert. Le 25 décembre 1837, il fait halte dans un bois de pins. Entre lui et le lac Okeechobee s’étendent un marais de 400 à 500 m de large, puis 500 m de forêt compacte, un hammock.

Ses éclaireurs delawares refusent d’aller en avant. Les volontaires du Missouri les remplacent et s’enfoncent dans le marais, luttant contre une boue épaisse qui aspire leurs bottes. À quelques mètres d’eux, une dizaine de guerriers attendent, allongés dans la vase, couverts de mousse, d’herbes et de feuilles de palmier.

La position des Séminoles

Sur la rive opposée, 400 guerriers sont prêts. Des guetteurs et des tireurs sont postés dans les arbres. Au sol, trois groupes : 200 hommes sous Abiaka, dont un groupe de Noirs mené par John Horse, l’ancien conseiller d’Osceola ; 120 sous Alligator ; 80 sous Wildcat.

Les Séminoles ont fauché sur une vingtaine de mètres devant eux l’herbe coupante, haute parfois de 2 m, pour dégager leur champ de tir. Chaque guerrier est abrité derrière un tronc entaillé sur le côté pour caler son fusil. Abiaka, qui vient de refuser une offre de reddition de Jesup, souffre du dos après une chute de cheval, mais son autorité reste entière.

Le déroulement de la bataille

Quand les volontaires arrivent à bonne portée, les guerriers embusqués dans la vase se lèvent et ouvrent le feu ; les trois groupes suivent aussitôt. Pris par surprise, sans même riposter, les volontaires s’enfuient vers la forêt en laissant une dizaine de morts et de blessés. À la lisière, le lieutenant-colonel Alexander Thompson les force à reformer les rangs.

Taylor demande au colonel Richard Gentry, chef des volontaires du Missouri, s’il a peur d’attaquer. Piqué, Gentry relance ses hommes dans le marais, flanqués de 30 éclaireurs delawares et suivis du 6e et du 4e d’infanterie. Le plan de Taylor est d’enfoncer le centre pour pousser les Séminoles sur les côtés, où la cavalerie les attendra. Il croit tendre un piège ; il est déjà dans celui des Séminoles.

Les hommes avancent avec de l’eau parfois jusqu’aux épaules, le fusil tenu à bout de bras. À une vingtaine de mètres du hammock, une nouvelle salve brise la première ligne et met en fuite les éclaireurs delawares. Les tireurs séminoles font un carnage parmi des hommes à découvert.

La chute de Gentry

Gentry atteint la terre ferme avec moins d’une trentaine d’hommes. Blessé au bras, il comprend que seule une charge peut sauver son groupe. Il s’écroule alors, une balle dans l’estomac ; elle le traverse et brise le bras de son fils de 18 ans, le sergent-major Richard Gentry junior. Des Séminoles tentent de le scalper, ses hommes les repoussent. Gentry veut qu’on le remette debout pour ne pas démoraliser la troupe, mais il doit être évacué.

Le 6e d’infanterie arrive en ligne et perd à son tour sa première rangée. La fumée couvre le champ de bataille. Le combat a commencé à 11 heures ; il est 12 h 40 quand le capitaine Thomas Noel ordonne une charge générale du 6e.

Le repli en canoë

Les hommes de Wildcat encaissent la charge, ceux d’Abiaka reculent. C’est là que le plan séminole prend tout son sens : au lieu de fuir par les côtés, comme l’attend Taylor, ils ont aligné une centaine de canoës sur la rive du lac. Abiaka et ses hommes partent les premiers, sans pouvoir être poursuivis.

Alligator, lui, pousse son avantage contre l’aile gauche et le centre. Le lieutenant-colonel Thompson est touché de trois balles et meurt. Le lieutenant John Center est abattu d’une balle dans la tête, le capitaine Joseph Van Swearingen d’une balle dans la nuque, le lieutenant Francis Brooke d’une balle en plein cœur. Le commandement du 6e s’effondre.

Au moment où Alligator s’apprête à prendre à revers l’aile droite, un officier américain parvient à faire pivoter ses hommes épuisés et à reformer la ligne face à lui. Alligator charge trois fois sans la briser. Le 4e d’infanterie rejoint le 6e, et Taylor envoie ses cavaliers, à pied, renforcer le flanc droit contre Wildcat. Vers 14 heures, Wildcat, Alligator et leurs hommes rejoignent les canoës et quittent le champ de bataille.

Le bilan : une victoire pour qui ?

L’armée américaine se dit victorieuse puisque l’ennemi a fui ; les Séminoles affirment avoir gagné. Les Américains ont engagé officiellement 1 295 hommes, dont 58 officiers, et comptent 29 morts et 111 blessés, sans compter ceux que les fièvres des marais emporteront ensuite. Les Séminoles, 400 combattants, déclarent 11 morts et 25 blessés, un décompte amérindien difficile à vérifier.

Taylor justifie la perte de 15 % de ses effectifs par la capture de 180 Séminoles, 600 têtes de bétail et 100 chevaux. L’opinion américaine en fait un héros. Sur le terrain, pourtant, des combattants inférieurs en nombre et en armement ont choisi le lieu, infligé plus de pertes qu’ils n’en ont subi et se sont retirés en bon ordre.

La bataille de la Loxahatchee (24 janvier 1838)

Jesup poursuit son offensive en janvier 1838 et remonte la piste des Séminoles jusqu’à un bras de la rivière Loxahatchee. Le 24 janvier, il envoie le 2e régiment de dragons en reconnaissance. Les chevaux s’embourbent et les cavaliers sont accueillis par des tirs dès qu’ils approchent du hammock. Jesup décrit dans son rapport une position presque imprenable.

Elle l’est presque. Trois cents guerriers, menés par les chefs Tuskegee et Halleck Hadjo, tiennent une ligne d’environ 500 m à la lisière d’un bois de palmiers et de cyprès. Ils ont percé des troncs pour y glisser leurs canons de fusil, dressé un écran de palmes à travers lequel eux seuls voient, fauché l’herbe devant eux. Pour les atteindre, il faut traverser une boue noire et collante.

Les roquettes Congreve

Jesup aligne 1 500 hommes, mais les chevaux sont inutilisables et la cavalerie combattra à pied. À midi, il lance l’assaut : volontaires du Tennessee à gauche, deux pièces d’artillerie au centre, le 2e dragons, puis les volontaires de l’Alabama, avec le 4e d’artillerie en couverture.

Un déluge de feu s’abat sur le hammock. Obus, mitraille et roquettes Congreve, tirées au-dessus des hommes qui chargent, font éclater les arbres ; pour les Séminoles, c’est comme si un monstre dévorait la forêt. Les volontaires du Tennessee sont les premiers touchés, à environ 45 m de la lisière. Ne voyant aucun ennemi, ils refluent.

Jesup descend de cheval, pistolet au poing, et court vers eux pour les entraîner. Il franchit la ligne, mais aucun Tennesséen ne l’a suivi. Une balle brise ses lunettes et lui entaille la joue ; il ramasse les morceaux et rejoint le 3e d’artillerie, qui vient de percer. Les Séminoles se replient derrière la rivière, large d’une trentaine de mètres, d’où ils tirent sur les artilleurs qui tentent de la traverser à la nage. Les dragons trouvent un gué et les prennent de flanc. Les guerriers disparaissent, laissant leur camp vide.

Bilan : sur 1 500 hommes, les Américains comptent 9 morts et 39 blessés. Les Séminoles, 300 guerriers, déclarent deux morts. L’histoire officielle retiendra une victoire américaine, assortie de poneys et de 200 têtes de bétail.

La mort d’Osceola (30 janvier 1838)

Six jours plus tard, à Fort Moultrie, en Caroline du Sud, Osceola agonise. Il souffre depuis des semaines d’une amygdalite purulente et de paludisme. Le peintre George Catlin, qui l’a portraituré, a transcrit le récit du médecin du fort, le docteur Weedon, dans Les Indiens d’Amérique du Nord.

Incapable de parler, Osceola fait venir les chefs et les officiers. Il revêt ses habits de guerrier : tunique, jambières, mocassins, ceinture de guerre, sacoche à poudre. Il se peint en rouge, la couleur du sang et de la guerre, la moitié du visage, le cou, la gorge, les poignets et le dos des mains, puis le manche de son couteau. Il ajuste son turban et ses trois plumes, d’autruche selon Catlin.

Il serre la main de chaque officier et de chaque chef, puis de ses deux épouses et de ses deux jeunes enfants. Allongé, il tire son couteau à scalper, le serre sur sa poitrine et meurt sans un mot, le sourire aux lèvres. Il a environ 35 ans.

Il est enterré avec les honneurs militaires devant Fort Moultrie ; sa tombe le désigne comme patriote et guerrier. Pendant 40 ans, il reste l’Amérindien le plus célèbre des États-Unis. Des comtés, des villes, des écoles, des bateaux à vapeur et même des enfants porteront son nom. La fin de la guerre est racontée dans Des Everglades aux casinos Hard Rock.

Pour aller plus loin

La capture d’Osceola et l’évasion de Fort Marion sont racontées dans la capture d’Osceola, et toute la série dans le dossier Les Séminoles, le peuple qui ne s’est jamais rendu.

Les plumes qui ornent le turban d’Osceola ont leur propre langage, décrit dans Les plumes et la coiffe de guerre.

Par Kan McTavish · mis à jour le 17 octobre 2026 · d’après la vidéo et les sources du dossier.

Questions fréquentes

Qui a gagné la bataille du lac Okeechobee ?

L’armée américaine s’est déclarée victorieuse parce que les Séminoles ont quitté le terrain. Mais avec 29 morts et 111 blessés officiels contre 11 morts et 25 blessés séminoles, ce sont les Séminoles qui ont infligé les plus lourdes pertes.

Combien d’hommes ont combattu au lac Okeechobee ?

1 295 Américains, dont 58 officiers, sous le colonel Zachary Taylor, contre environ 400 guerriers séminoles répartis entre Abiaka, Alligator et Wildcat.

Qu’est-ce que la bataille de la Loxahatchee ?

Le combat du 24 janvier 1838 où 1 500 hommes du général Jesup, appuyés par des roquettes Congreve, attaquent 300 guerriers retranchés. Les Américains comptent 9 morts et 39 blessés, les Séminoles deux morts.

Comment Osceola est-il mort ?

De maladie, une amygdalite purulente et le paludisme, à Fort Moultrie le 30 janvier 1838. Selon le récit transcrit par George Catlin, il revêtit ses habits de guerre, se peignit en rouge et mourut son couteau serré sur la poitrine.

Astuce : essaie « têtes réduites », « Écosse » ou « Sand Creek ».