La mémoire cachée de l'île Martín García comme camp de concentration
L’île argentine de Martín García a fonctionné comme un camp de concentration pour des milliers d’autochtones à la fin du dix-neuvième siècle, selon les recherches récentes d’historiens et d’anthropologues. Déportés de force sans inculpation ni jugement, des membres des peuples mapuche, rankel, tehuelche et toba ont subi des privations de liberté sous un régime d’exception. Cette politique étatique visait à anéantir leur identité par le travail forcé, l’enrôlement militaire et l’acculturation religieuse.
Un système d’exploitation et de dépossession
Les archives de la marine révèlent que les détenus étaient classés selon leur utilité économique ou sanitaire, les femmes et les enfants étant souvent assignés comme domestiques auprès de familles influentes. Les hommes valides fournissaient de la main-d’œuvre pour extraire des pierres destinées à l’aménagement urbain de Buenos Aires ou étaient incorporés de force dans les forces armées. Des missionnaires catholiques dénonçaient régulièrement ces conditions abusives, tandis que de nombreux prisonniers tentaient de s’échapper ou de résister à l’assimilation forcée.
La négation historique des peuples originaires
Cette relégation insulaire s’inscrivait dans une campagne militaire plus vaste menée contre les populations de la Pampa, de la Patagonie et du Gran Chaco pour s’approprier leurs territoires. Les auteurs de ces exactions ont alimenté le mythe d’une disparition des communautés autochtones pour façonner un État homogène. Pourtant, les archives démontrent l’ampleur des déplacements massifs et l’existence de milliers de prisonniers politiques durant cette période d’expansion nationale.
Les exigences de justice et de mémoire
Face à ce passé occulté, les communautés réclament des mesures réparatrices, illustrées par la plainte pénale introduite l’an dernier par la Communauté Indigène Mapuche-Rankel Rupu Antv devant la justice fédérale. L’île a obtenu en deux mille vingt-trois le statut de site de mémoire pour documenter ces violations massives des droits humains. Ces démarches s’inscrivent dans une lutte de long terme contre les politiques négationnistes et pour la reconnaissance des droits ancestraux.
Des avancées constitutionnelles aux reculs actuels
Les organisations autochtones ont obtenu des jalons majeurs au cours des décennies passées, comme la reconnaissance de leur préexistence constitutionnelle en mil neuf cent quatre-vingt-quatorze et l’instauration de l’éducation interculturelle bilingue. Néanmoins, les communautés font face à la persistance de discours officiels qui minimisent leurs droits spécifiques et perpétuent des conditions d’inégalité structurelle non résolues par l’État.
Résumé rédigé par Clans et Tribus d’après Resumen Latinoamericano.




