Irma Alicia Velásquez retrace soixante-dix ans de résistances des femmes mayas au Guatemala

L’intellectuelle maya k’iche’ Irma Alicia Velásquez Nimatuj a coordonné un ouvrage collectif retraçant soixante-dix années de résistances menées par dix femmes autochtones au Guatemala. Ce travail analyse, à travers quatre générations, les luttes des peuples originaires face aux discriminations, à la violence de la guerre et aux obstacles politiques persistants. L’ouvrage, publié récemment par la maison d’édition Celsius 232 et soutenu par Jotay, met en lumière les parcours de ces femmes qui oscillent entre survie et conquête d’espaces décisionnels.
Une organisation forgée dans l’adversité
La première génération de lideresas a lutté pour le droit fondamental à la vie, manquant de cadres juridiques et institutionnels pour la soutenir. Dès les années quatre-vingt-dix, des femmes réfugiées ont formulé une analyse intersectionnelle pionnière qualifiant leur opression de machiste, patriarcale, raciste et de classe. Les générations suivantes ont pu s’appuyer sur ces bases pour revendiquer des droits précis, utiliser le Convenio 169 et exiger la reconnaissance des traditions. Toutefois, les structures étatiques n’ont pas connu de transformations profondes, la Constitution ignorant toujours la nature plurinationale du pays.
La violence systémique a muté au fil du temps, passant des massacres ouverts et des persécutions armées à la criminalisation juridique, aux campagnes de diffamation et à la paupérisation des jeunes. Malgré la fin du conflit armé, les séquelles psychologiques et sociales persistent dans les communautés mayas. L’accès aux sphères politiques se heurte souvent à une inclusion symbolique de façade, où les femmes sont exclues des véritables centres de pouvoir et confrontées au machisme au sein même des partis et des institutions.
Les piliers de la transmission
Plusieurs facteurs historiques ont favorisé l'émergence de ces mobilisations, notamment le rôle des coopératives et des écoles de catéchèse qui ont alphabétisé des milliers de femmes rurales. Les camps de réfugiés ont également fonctionné comme des foyers de formation politique où les victimes sont redevenues des sujettes de droit. Néanmoins, la migration massive vers les États-Unis a vidé de nombreux villages de leur force vive, fragilisant la transmission intergénérationnelle et l’implication des familles dans les luttes locales.
Pour peser réellement sur les décisions, les femmes mayas soulignent la nécessité absolue d’une autonomie économique et d’un soutien inconditionnel de bases organisées. La création de banques communales autogérées permet de s’affranchir des contraintes du capitalisme financier et des pressions patriarcales. De plus, la rotation stricte des charges, inspirée des traditions ancestrales, constitue un rempart efficace contre la corruption et l’accaparement du pouvoir par une élite.
Enfin, la question de l'éducation formelle fait l’objet d’une réappropriation critique par les femmes autochtones. Si l'école coloniale a souvent servi d’instrument d’assimilation et d’effacement culturel, la jeunesse maya apprend aujourd’hui à s’emparer des savoirs académiques comme d’outils de défense. En combinant les enseignements occidentaux et la transmission des traditions, ces lideresas transforment les espaces éducatifs et institutionnels pour bâtir un avenir ancré dans la souveraineté des peuples originaires.
Résumé rédigé par Clans et Tribus d’après Agencia Ocote.




