Clans et Tribus

Récit · Les Mohicans, loin du dernier des Mohicans

La vraie chute des Mohicans (1626-1855)

Maîtres de la vallée de l’Hudson au début du XVIIe siècle, les Mohicans ne sont plus que 300 en 1698. Une défaite contre les Mohawks, des guerres sans fin, la variole et la perte de leurs terres les ont poussés de mission en exil, jusqu’au Wisconsin.

  • Où Vallée de l’Hudson
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  • Mis à jour
  • Sources 12 références

La chute des Mohicans commence en 1626, quand une expédition menée avec les Hollandais contre les Mohawks tourne au désastre et coûte la vie à leur grand sachem. Guerres, épidémies, perte des terres et dépendance au commerce font passer le peuple d’environ 5 000 personnes vers 1600 à 300 en 1698. Les survivants se regroupent à la mission de Stockbridge en 1738, puis sont repoussés jusqu’au Wisconsin, où vit aujourd’hui la tribu Stockbridge-Munsee.

1624-1626 : la guerre contre les Mohawks

Au début du XVIIe siècle, les Mohicans tiennent la vallée de l’Hudson et le commerce des fourrures avec les Hollandais de Fort Orange. Ils font payer cher aux Mohawks, leurs voisins iroquois, le droit de traverser leurs terres pour atteindre ce marché. En 1624, les Mohawks attaquent.

Pendant deux ans, les Mohicans ont le dessus. Ils écrasent les groupes de guerre mohawks et vont jusqu’à les combattre sur leur propre territoire. En 1626, les Hollandais décident de s’engager à leurs côtés pour en finir et protéger leur commerce. Une expédition commune marche vers un village fortifié mohawk, avec l’objectif de forcer les Mohawks à céder.

La défaite de 1626

Les sources ne disent presque rien du déroulement du combat. Dans sa vidéo, Kan McTavish en propose une reconstitution animée, en prévenant qu’elle est imaginée, chiffres compris. Ce que l’on sait, c’est l’issue : une débâcle.

Les Mohicans fuient en désordre avec de lourdes pertes, et leur grand sachem est tué. Les Hollandais se retirent, puis se hâtent de signer la paix avec les Mohawks ; une partie de Fort Orange est évacuée par peur des représailles. Pour les Iroquois, dont font partie les Mohawks, cette victoire ouvre un âge d’or.

L’arquebuse, une arme surtout psychologique

Les Mohawks se procuraient des armes à feu hollandaises, mais l’arquebuse n’a rien d’une arme miracle. Les premières versions, vers 1450, pèsent de 5 à 9 kg et se tirent posées sur une fourche. Vers 1515, elle est allégée à 4 ou 5 kg et raccourcie pour être épaulée.

Elle tire une balle de plomb d’environ 25 g toutes les une à deux minutes. Le chargement est long, à la mèche. Un tir sur cinq rate. Balles rondes et canons lisses limitent la portée utile à environ 50 m. Un bon archer, lui, décoche jusqu’à 12 flèches à la minute.

L’arquebuse gagne ailleurs. Sa fumée blanche couvre le champ de bataille, son fracas assourdit des hommes habitués au silence de la forêt, et ses blessures ne guérissent pas avec la médecine de l’époque. Ajoutez des Européens souvent protégés des flèches par des armures : l’effet sur le moral est considérable.

1628-1643 : repoussés, puis le temps des fusils

Privés de leur grand sachem, les Mohicans reçoivent le coup de grâce dès la guerre de 1628. Écrasés par les Mohawks, ils sont repoussés aux extrémités de leur territoire. Ils restent pourtant une tribu nombreuse, et les Iroquois les considèrent comme des frères, jamais comme des vassaux.

Le commerce des fourrures repart avec l’arrivée de marchands anglais, qui font baisser les prix et poussent les chasseurs à prélever toujours plus. Vers 1640, les territoires de chasse sont vides et les castors presque exterminés. Aucune tribu ne parvient plus à satisfaire la demande européenne.

Commencent alors les guerres d’expansion. Les Iroquois attaquent leurs voisins. Les Mohicans occupent des terres vidées par la variole et imposent leur ascendant à de petites tribus. Armés officiellement de fusils à partir de 1640, ils signent fin 1643 une paix à Fort Orange au nom des Esopus, des Wappingers, des Wecquaesgeeks, des Sintsinks et des Kitchtawanks.

Médiateurs, puis la guérilla contre les Mohawks (1660-1675)

Officiellement alliés des Mohawks, les Mohicans complotent en secret avec d’autres tribus contre la domination iroquoise. Leur territoire fond pourtant au rythme des ventes aux colons hollandais, qui arrivent en masse : ils perdent d’abord la rivière, puis les terres fertiles. Leur influence reste forte, et colons comme Iroquois les choisissent souvent comme médiateurs.

En 1660, les Mohawks jugent ce réseau diplomatique trop puissant. Ils attaquent deux alliés des Mohicans, les Minisinks et des Indiens de Nouvelle-Angleterre, puis déclarent la guerre aux Mohicans en 1662. Mais ces derniers, dispersés sur leur territoire, mènent une guérilla efficace. Les groupes de guerre mohawks sont décimés.

En 1664, les Mohawks demandent la paix. Leur délégation est tuée sur le chemin du retour. Les Mohicans attaquent alors partout où se trouvent des Mohawks, ainsi que les fermes de colons qui pillaient leurs champs en l’absence des hommes.

Les Anglais arrivent, le siège de Caughnawaga échoue

En septembre 1664, les Hollandais se rendent aux Anglais, qui prennent le contrôle de la région. Les Mohawks leur demandent d’imposer la paix à toutes les tribus de l’Hudson, sauf aux Mohicans, et les Anglais acceptent. En 1666, en guerre contre les Français, ils pressent les Mohicans de signer la paix avec les Mohawks.

Les Mohicans signent, puis rompent aussitôt le traité. Ils font la paix avec les Français et lancent une armée de 300 hommes, Mohicans, Indiens de l’Hudson, Pocumtucs et Indiens de Nouvelle-Angleterre, contre les villages mohawks. Ils assiègent plusieurs jours Caughnawaga, le village principal. Des renforts iroquois brisent le siège. Toute la vallée de l’Hudson est ensuite ravagée.

Traités signés et rompus se succèdent jusqu’en 1675. Les Anglais tiennent alors à la paix : ils craignent que les Mohicans rejoignent la guerre du roi Philip, qui oppose Wampanoags et Narragansetts aux colons de Nouvelle-Angleterre.

De 5 000 à 300 : l’effondrement

Guerres et trois épidémies ont fait leur œuvre : en 1689, on estime à 800 le nombre total d’Indiens des rivières. En 1690, une nouvelle épidémie de variole frappe les Mohicans. Puis les guerres franco-anglaises, auxquelles ils participent de 1691 à 1709, vident les villages de leurs hommes et désorganisent les saisons, le commerce et la politique.

Les maisons longues, trop coûteuses en main-d’œuvre, disparaissent ; seules restent celles des chefs, pour garder un semblant de vie cérémonielle. Les colons hollandais épousent volontiers des femmes mohicanes, ce qui fragilise la vie tribale. Des décennies de commerce ont aussi créé une dépendance économique qui mine la cohésion du peuple.

Les colons possèdent désormais les terres fertiles du bord de l’eau et les louent aux Mohicans, parfois contre la moitié de la récolte. Le reste part souvent contre du rhum. À Fort Orange, rebaptisé Albany, les prix grimpent avec les guerres, tandis que les fourrures rapportent de moins en moins. Ivresse et famine se répandent. Environ 5 000 vers 1600, les Mohicans ne sont plus que 300 en 1698, dont 90 guerriers.

Stockbridge, la mission refuge (1738)

En 1738, John Sergeant, originaire des colonies britanniques, fonde la mission de Stockbridge pour accueillir les restes de plusieurs tribus, dont les Mohicans. Elle compte une église et une école en langue mohicane, et 120 Amérindiens dès 1740. À la mort du dernier grand sachem installé sur l’Hudson, le « feu de la nation », c’est-à-dire la capitale, part définitivement pour Stockbridge.

La majorité des Mohicans est alors convertie au christianisme. Ils avaient vu que les Indiens des missions jésuites françaises étaient mieux traités que ceux des villages.

Ils combattent ensuite contre les Français au sein des Rangers de Rogers, à Ticonderoga ou lors de l’expédition de Montréal, et on les retrouve plus tard à Lexington, Bunker Hill et White Plains. Il ne reste qu’une centaine de Mohicans à Stockbridge ; les autres sont dispersés. Pendant la guerre d’indépendance, une centaine de Mohicans figurent parmi les 5 000 Amérindiens placés sous protection anglaise à Fort Niagara.

De New Stockbridge au Wisconsin

En 1783, les Indiens de Stockbridge sont dépouillés de leurs terres. Ils fondent New Stockbridge, dans le comté d’Oneida, et prospèrent un temps grâce au bétail et au matériel agricole, financés par les 4 500 dollars annuels du traité de Canandaigua.

Après la guerre de 1812 et la défaite de Tecumseh, un mouvement anti-indien gagne les États-Unis et pousse à expulser les premiers peuples vers l’ouest, comme les Séminoles. De 1818 à 1830, les Mohicans passent de comté en comté, refondant chaque fois une communauté Stockbridge, jusqu’au comté de Calumet, à l’est du lac Winnebago, dans le Wisconsin.

En 1837, John Quinney, chef de la communauté Stockbridge-Munsee, née de la fusion des Mohicans avec des Munsees et d’autres groupes, rédige une constitution qui remplace l’hérédité des chefs par l’élection. Élu grand sachem en 1852, il défend sa communauté auprès des États-Unis jusqu’à sa mort en 1855. L’achat de terres aux Menominees fixe ensuite le territoire de la tribu. En 1966, 381 Amérindiens vivent dans la communauté de Stockbridge.

Pourquoi les Mohicans ont-ils perdu ?

Pour Kan McTavish, il a manqué aux Mohicans la capacité de fédérer leurs voisins et de nouer des alliances durables avec les Européens, ce que les Iroquois ont su faire. En annexant des tribus déjà très affaiblies, ils ont gagné du territoire sans gagner de guerriers. L’anthropologue John Reed Swanton allait plus loin, jugeant que leur seule renommée tenait au roman de Cooper, Le Dernier des Mohicans.

Kan nuance : les Mohicans avaient une culture solide, une forte cohésion sociale, une monnaie de wampum qui avait supplanté les pièces européennes, et ils ont tenu les Mohawks en échec à plusieurs reprises. Surtout, contrairement au titre du roman, ils n’ont pas disparu.

Pour aller plus loin

Le mode de vie des Mohicans avant leur chute, leur vrai nom et leurs premiers contacts avec les Hollandais sont présentés dans le dossier Les Mohicans, loin du dernier des Mohicans. Pour un autre peuple de Nouvelle-Angleterre face aux colons, voyez Les Narragansetts face aux colons de Nouvelle-Angleterre.

Par Kan McTavish · mis à jour le 17 octobre 2026 · d’après la vidéo et les sources du dossier.

Questions fréquentes

Pourquoi les Mohicans ont-ils décliné ?

Après leur défaite de 1626 contre les Mohawks, ils ont enchaîné les guerres, les épidémies de variole, la perte de leurs terres au profit des colons et une dépendance au commerce européen. Environ 5 000 vers 1600, ils n’étaient plus que 300 en 1698.

Qui a vaincu les Mohicans en 1626 ?

Les Mohawks, une nation iroquoise voisine. Une expédition commune des Mohicans et des Hollandais contre un de leurs villages a tourné au désastre, et le grand sachem mohican y a été tué.

Qu’est-ce que la mission de Stockbridge ?

Fondée en 1738 par John Sergeant, elle a regroupé les restes de plusieurs tribus, dont les Mohicans, avec une église et une école en langue mohicane. Elle est devenue le nouveau centre politique du peuple.

Où vivent les descendants des Mohicans aujourd’hui ?

Dans le Wisconsin, au sein de la tribu Stockbridge-Munsee. Leurs ancêtres y sont arrivés après une série de déplacements forcés entre 1818 et 1830.

Astuce : essaie « têtes réduites », « Écosse » ou « Sand Creek ».